La monotonie habituelle commence tout de suite à écraser la colonne.
Le diable m'emporte, mais on se prend à regretter les routes accidentées, les montées roides. Au moins, pendant que l'on gravit les côtes, les distractions qu'elles causent empêchent de penser à la fatigue.
Nous sommes quand même arrivés près des schotts. Ce sont d'immenses plaines salées, parfois recouvertes d'eau à la suite de pluies abondantes.
Rien de plus majestueux et de plus pittoresque en même temps que ces grands lacs de sel par une belle journée, lorsque le soleil éparpille sa lumière sur leur surface unie et blanchâtre.
Ici apparaît une falaise ardue; on se croirait sur les côtes de la
Normandie.
Là une plage, à pente presque imperceptible, rappelle au spectateur quelques souvenirs de bains de mer; on jurerait y apercevoir les loges ambulantes de jolies baigneuses.
En tournant le regard dans une autre direction, une ville avec ces clochers, ses minarets, se montre aux yeux étonnés.
Plus loin, la surface brillante du lac s'unit au ciel pour aller se perdre dans l'immensité du lointain.
Si un chameau apparaît sur une des rives, son ombre, projetée sur les couches transparentes des surfaces, prend des proportions gigantesques. L'illusion devient peu à peu complète, et l'on croit voir une frégate, armée de guerre, louvoyant comme un ennemi aux aguets.
Quelquefois les mirages sont tellement frappants, qu'un village, situé à plusieurs kilomètre, est représenté dans les nuages au-dessus des schotts, et semble nager dans un bain aérien.