Les passagers de pont étaient multiples et variés. L'élément nègre y régnait en majorité, et y apportait comme accessoire un fameux contingent d'animaux, microscopiques, ou à peu près, comme taille, mais barbares dans leurs effets.
Je m'en aperçus à Memphis, d'une manière qui éloignait toute discussion.
Quoique habitué aux intempéries des choses, mon épiderme se révolta
contre cette invasion inopportune. Je lâche le Grand-Republic à
Memphis.
D'ailleurs, la navigation commençait à me peser, et je désirais ardemment être entraîné vers le Canada par le vapeur terrestre.
Mes habits avaient une certaine allure de vétusté, qui éloignait l'attention. Il m'était impossible de poser en homme élégant. Mes bottes éculées et rougies par absence de cirage, mon paletot déchiré aux poches et ma casquette cosmopolite me défendaient d'avoir aucune prétention.
C'est pour cela que je fus profondément touché dans mon amour-propre, quant un beau monsieur, à longue barbe, portant un élégant pardessus sur le bras, vint s'asseoir près de moi, dans le compartiment du wagon qui devait me porter à Cairo.
—Bonjour monsieur.
—Bonjour monsieur.
Cette entrée en scène me fait beaucoup de bien, et il continue:
—Vous allez au Canada, je crois?
—Parfaitement, monsieur, dis-je avec onction.