—Ah! quel heureux hasard me fait vous rencontrer!

Le mot heureux aurait pu être mieux placé, pensai-je à part moi; mais doucement ému, je réponds:

—Oui, monsieur.

Ces dernières paroles, bien senties, inspirent une bonne idée à mon compagnon, qui poursuit:

—Vous venez prendre un verre?

Ceci met le comble à ma satisfaction. J'accepte.

Chemin faisant, le beau monsieur me décline son nom, sa profession, sa nationalité, ses qualités de marchand d'oranges, ayant une cargaison allant de la Floride à Montréal. Il ajoute que ses bagages sont partis en avant.

Cette dernière phrase ne m'intéresse d'abord que médiocrement, mais je prends un bock quand même.

Un autre gentlemen, que nous trouvons dans la buvette, nous sourit gracieusement et boit avec nous. Nous sortons et j'escorte mon nouvel ami, qui ne me semble pas reprendre le chemin de la gare. Je le lui fait observer respectueusement.

—Nous allons payer mon fret aux bureaux du chemin de fer, répondit-il.