Quelques pas plus loin, un autre gentil monsieur, portant aussi un élégant pardessus sur le bras, avertit mon compagnon que ses oranges sont emmagasinées, et que le transport se monte à tant.

Howard,—c'était le nom de mon bienveillant ami,—s'empresse d'exhiber un chèque de mille dollars.

Le directeur des chemins de fer fait un geste significatif: il n'a pas de monnaie.

Howard se tourne de mon côté, et me prie de vouloir bien lui avancer la somme nécessaire pour payer son fret, contre son chèque que je pourrai toucher le lendemain.

Tout fier de pouvoir rendre service à un si digne gentleman, je fouille dans ma chemise de flanelle, et j'accroche tout ce que j'avais sur moi: à peu près cent cinquante dollars. Je les donne à Howard, sans un moment d'hésitation.

Machinalement, je mets le chèque de mille dollars dans ma poche, et nous voilà en route.

Craignant le départ du train, j'insiste auprès de mon ami pour retourner à la gare.

—J'irai dans un instant, et, si vous voulez vous y rendre tout de suite, veillez, je vous prie, sur mes bagages, que j'ai confiés à un de ces nègres, qui sont si voleurs.

Ce dernier mot, sur lequel Howard appuie la bouche en O, m'ouvre de riants horizons. Un éclair m'illumine. Je me rappelle subitement que les bagages de mon ami étaient partis en avant.

Je suis floué! m'écriai-je, et, prenant un revolver que je portais toujours sur moi, comme tout bon Yankee, je prie Howard de me rendre mes fonds alléguant l'impossibilité de toucher le chèque avant le départ du train.