—Comment, monsieur, vous doutez, je crois de ma véracité!
Ceci est dit avec une telle dignité, que j'en suis tout ébranlé. Je ne me rappelle pas avoir vu un autre visage exprimer aussi douloureusement l'honneur offensé, que celui de Howard en cet instant.
Je me roidis cependant contre ma mollesse, et j'insiste avec plus d'énergie encore pour être remboursé de mon argent.
Le revolver aidant, mon ami se met à compter ma petite fortune. Il fait cependant disparaître vingt dollars, et je suis bienheureux d'en être quitte à si bon marché.
Essoufflé, j'arrive à la gare à temps pour sauter dans mon wagon. Je respire avec bonheur, et, prenant mon calepin, j'écris: «Je viens de l'échapper belle. Un malin a failli me la faire à l'américaine. Il s'en retire avec vingt dollars seulement.»
C'est en voyant aujourd'hui ce bon vieux carnet que je consigne ici ce souvenir. J'en trouve bien d'autres dans ce calepin des temps passés.
Le train qui me portait vers le Canada se conduisit comme tous les trains.
Un pont avait été enlevé à quelques milles de Memphis, et il fallut transborder passagers et bagages. C'était d'autant plus ennuyeux qu'il y avait beaucoup de boue. A part ce retard, nous n'eûmes aucun arrêt important jusqu'à Montréal, et la nappe d'air qui me séparait de cette ville fut déchirée avec un entrain remarquable.
Quand le sifflet de la locomotive m'annonça ma ville natale, je faillis être suffoqué par l'ouragan de soupirs qui me gonfla la poitrine. Il y avait trois ans que je voyageais.
Trois ans! je trouvais cela bien long, et maintenant il y aura bientôt dix ans que je n'ai pas revu mon beau Canada.