Un brave se hasarde cependant à demander une autre histoire.
Faisons bien la différence entre histoire et conte. Le dernier n'est jamais vrai, mais l'autre l'est toujours. Malheur au sceptique qui oserait en douter. Il serait honni, conspué de toute la jeune génération, et de beaucoup de vieux, qui, pour le plus grand nombre, croient aussi à ces choses effrayantes.
Notre grand camarade se fait un peu prier, mais, finalement, devant l'insistance générale, il se décide à nous raconter une autre fantastique aventure de son père.
Il réclame une attention soutenue,—chose bien inutile,—car, dit-il, c'est une histoire de feux follets.
Il commence.
«Mon père descendait la rivière, en canot, par une nuit sombre. Mettant son aviron en travers, il se laissait aller au courant de l'eau et faisait sa prière du soir.
«Tout à coup, trois feux follets, en trépied, lui apparaissent et se mettent à danser sur la pince[4] du canot.
[Note 4: Proue.]
«Faisant un signe de croix, mon père prend son aviron et vire de bord.
«Les feux follets s'éloignent et continuent leur danse sur le milieu de la rivière. Quelques moments après, ils reviennent de nouveau sur l'avant de l'embarcation.