Chaque chaloupe est montée par quatre flotteurs, dont deux sont armés de perches ferrées, longues et fortes, et les deux autres, de leviers à crochets. A ces hommes incombent la besogne de faire dégringoler les billots arrêtés par les rochers.
Si un barrage se forme, une chaloupe s'y dirige tout de suite. Les porteurs de leviers travaillent alors, pendant que les deux autres, armés de perches s'arc-boutent, chacun à une extrémité de l'embarcation, la maintenant immobile dans les endroits les plus dangereux.
L'adresse et la force de ces hommes ne souffrent pas de comparaison. Ils ont une telle solidité dans les muscles, qu'il peuvent conduire une chaloupe d'une rive à l'autre, dans les plus puissants rapides, sans céder un pouce au courant.
A joliette, une jam s'était formée sur le barrage d'un moulin, en amont de la ville.
Un équipage arrive immédiatement sur les lieux. En quelques instants, la circulation est rétablie, mais menace d'être de nouveau embarrassée par un amas de billots qui se forme au pied de la digue. Celle-ci domine le niveau de l'aval de la rivière de sept à huit pieds. Son déversoir livre passage à une nappe d'eau de trois pieds de profondeur.
Il est facile de concevoir la force d'attraction engendrée par cette masse énorme, attirée par une chute de huit pieds. Les hommes n'hésitent aucunement.
Laissant leurs perches gratter obliquement le fond de la rivière, ils permettent à la chaloupe de glisser avec précaution et lentement jusqu'à la chute.
Arrivé au barrage, l'homme de l'avant qui tient sa perche en arrêt la fiche solidement dans le bois de la digue, se campe sur le pont de l'embarcation, et, d'un effort surhumain, arrête net la chaloupe. Son camarade de l'arrière se cramponne à son tour.
Une bonne assise de fond, trouvée pour la perche, leur permet de laisser encore l'embarcation suivre le fil de l'eau, de manière que la demi-partie antérieure de la chaloupe arrive à surplomber, dans le vide, le gouffre liquide; et plus rien ne bouge.
Les deux hommes armés de leviers, se penchent alors en dehors de la barque et travaillent à leur aise à déloger les billots.