Ceci dure un bon quart d'heure, pendant lequel une seule défaillance de la part des deux autres hommes peut les précipiter tous dans l'abîme.

Mais ils en ont vu bien d'autres.

Les pieds cloués sur le pont de la chaloupe, le corps roide et dur comme le roc, les muscles d'une sûreté d'acier, les deux hommes attachés aux perches, attendent patiemment que la besogne des camarades soit terminée.

Le travail fini, il s'agit de remonter le courant.

Un surcroît d'efforts prodigieux, alternant d'un homme à l'autre, a bientôt fait avancer la chaloupe, qui se dirige vers une autre jam comme si de rien n'était.

Je remercie le sort de m'avoir convié à ces scènes magnifiques, et j'affirme que je n'ai jamais vu nulle part de travail plus herculéen que celui que fait si simplement le voyageur canadien.

Quelques-uns de ces hommes sont en outre doués d'une adresse qui tient du prodige, dans le maniement des bois flottant librement.

Un homme fatigué de marcher sur la rive pour suivre les billots, en attire un à lui et, aidé de sa longue perche qui lui sert de balancier, il saute sur la pièce de bois et se laisse aller à la dérive.

Il s'amuse quelquefois à faire de brillants exercices. Se mettant en travers du billot, qui descend longitudinalement le courant, le voyageur fait face à une des rives, et piétinant sur la pièce de bois, il la fait rouler sous ses pieds avec une vitesse vertigineuse.

Ces évolutions précipitées impriment un mouvement de propulsion au billot que traverse ainsi la rivière.