Ceci fait, l'un se procure la paille de couchage; l'autre cherche le bois pour la cuisine. Celui-ci fait un petit fossé qui facilite l'écoulement des eaux autour de la tente; celui-là place les couvertures et les effets.

Enfin, tous vaquent à la besogne générale, et en quelques minutes l'installation est terminée.

Quand le temps n'est pas au grain, on oublie quelquefois de faire le petit fossé. C'était arrivé dans notre camp de Saïda.

Ma tente était dressée pour les six sous-officiers de la compagnie. L'occupation à laquelle nous fûmes tous forcés de nous livrer demande de l'attention.

L'un des sergents, grognant avec énergie, tirait ferme le bas de la toile, tandis qu'un autre, agenouillé dans la boue, serrait sur sa poitrine le support que courbait la tension des toiles. Un troisième plaignait sa tunique maculée de boue et la tenait à bras tendus.

Mon fourrier pleurait sur sa comptabilité casée dans une petite caisse où l'eau s'infiltrait comme dans un panier.

Mon ordonnance, crachant avec fureur des jurons à faire frémir tous les cochers de l'univers connu, maudissait les colons, la pluie, l'Afrique, l'Algérie, Saïda et le reste: il ne réussissait qu'à se mouiller davantage.

Quant à moi, stoïquement assis à la mode arabe, et tenant un support entre mes jambes croisées, je méprisais l'eau qui m'envahissait peu à peu.

Les yeux fermés, je m'abandonne aux plus capricieux écarts de mon imagination.

Je suis à Montréal, dans une chambre bien chaude.