C'était mon ordonnance qui enfonçait les piquets de notre tente à grand renfort de maillet.

Le vent soufflait en tempête.

Je me précipitai dehors, et, hélas! un côté de notre tente-bureau m'apparut battant les airs, l'autre menaçant de suivre son exemple.

De nombreux papiers voltigeaient dans toutes les directions. Certaines taches indécises, fuyant comme l'éclair et accompagnées de froissements bruyants, m'annonçaient, à chaque instant, que ma comptabilité me quittait en détail.

J'eus au coeur une immense douleur. Quoi! mes chères paperasses, jadis peut-être trop fidèles, se sauver ainsi! Pouah! quelle ingratitude!

Mon fourrier ne prend pas le temps de s'attendrir. Il est bien plus pratique. Il charge en tous sens comme un enragé. Tantôt, s'abattant avec la rapidité de la foudre, il saisit avidement une feuille de prêt en fuite; tantôt, bondissant comme un tigre, il accroche au vol un ingrat bon de vivres.

Son exemple est contagieux.

Mon ordonnance capture aussi plusieurs bulletins de versements fugitifs.

Moi-même électrisé enfin par leurs gestes, je happe au passage quelques bons d'habillement.

Mes situations journalières se font surtout remarquer par leur empressement à quitter ma tente. Certainement qu'elles se sauvent plus vite, et en plus grand nombre, que mes bons de campement. Ceux-ci cependant et les extraits de masse rivalisent de zèle à courir, mais ils ne sont pas à comparer avec mes situations journalières.