On monte les tentes, on fait sécher les habits. On renaît à la gaieté. On chante. On s'ennuie. On se fourre sous la tente, et l'on fait la sieste…
Notre camp d'Aïn-ben-Khélil fut aussi souvent assailli par de violentes pluies; mais elle n'y causèrent pas tant d'embêtement qu'à Saïda, car le matin ne nous ordonnait pas de partir.
La pluie est toujours supportable quand un camp est stationnaire. On n'a qu'à rester sous la tente, où l'on se moque des éléments.
Cependant le vent est quelquefois terrible, car il fait voyager les tentes dans la plaine. Et cela m'amène aucune satisfaction.
Dès les premier jours de notre installation à Aïn-ben-Khélil, les aquilons des gorges voisines vinrent furieusement souffler sur nos logis.
On avait donné à chaque compagnie une grande tente conique pour le bureau du sergent-major. La comptabilité de la compagnie y était installée. J'y passais des jours entiers à mettre un peu d'ordre dans nos paperasses, que les marches nous avaient forcés de négliger.
Le fourrier et moi logions dans une petite tente, à trois pas de là.
Un soir, après avoir soigneusement bouclé notre bureau, nous nous étions couchés avec l'intention bien évidente de dormir. Un reste remarquable de fatigue nous y engageait.
Ayant brûlé la pipe traditionnelle, je me mis en devoir de suivre l'exemple de mon compagnon, qui ronflait déjà.
Je dormais depuis plusieurs heures quand un certain bruit, d'abord impossible à définir, mais qui bientôt se traduisit par des coups mats et saccadés, me fit bondir sur ma litière de paille.