Il est assez facile, et même du meilleur ton, de rire de tout, mais je défie qui que ce soit d'avoir une gaieté folle dans une situation pareille. Ames sensibles! Appréciez ma première nuit de salle de police!

Il me restait l'espoir d'être libéré le lendemain. Car enfin, je ne suis pas coupable. J'ai enfreint la consigne, il est vrai, mais à l'instigation de sous-officiers. Si quelqu'un doit subir un châtiment pour cette faute, ce sont, sans contredit, ceux qui entraînèrent le conscrit. Au lieu de me guider dans la bonne voie, les sergents avaient fraudé le règlement en m'habillant pour me faire sortir en contrebande. Tant pis pour les sous-officiers s'ils agirent avec légèreté. Mon péché ne provient que de mon ignorante des choses, dont la connaissance aurait dû m'être communiquée par ceux qui me forcèrent à enfreindre les ordres. Incontestablement le droit est pour moi.

Tel est mon raisonnement, sous les verrous. Fort de la justice de ma cause, j'essaye de dormir. Des cauchemars me troublent toute la nuit, les punaises font merveille, et le jour me rend l'espoir d'être élargi.

Une clef grince dans la serrure. Enfin! je serai libre! Le caporal de garde entre, sourit avec amabilité, et me montrant trois fois ses cinq doigts, m'apprend que j'avais quinze jours de prison.

Boum! Ça y était!…Ça t'apprendra, misérable bourgeois, pékin brumeux, boudiné juteux, à aller prendre le café en ville avec tes supérieurs!…

Ce mot de prison me tintait aux oreilles comme un glas funèbre. C'est certain, allez! que je n'avais pas envie de rire.

On me conduisit à la prison. Je montais d'un grade.

Ma nouvelle résidence ressemblait à l'autre: c'était son sosie.

Comme dernier arrivé, j'avais la plus mauvaise place.

L'heure des corvées arrive. Un peu remis, je fais contre fortune bon coeur, et je débute, dans l'expiation de mon crime, en faisant fonction de cheval, au tombereau chargé de balayures du quartier.