Celui-là se fait par amour.

Un garçon voit une jeune fille, l'apprécie, l'aime, cherche à l'épouser. La fiancée répond aux sentiments de son amant. Les parents, bonnes et braves gens, facilitent leur union.

Tout ça, c'est incroyable, et d'un rococo! Mais que voulez-vous, on ne peut être parfait. Notre aimable siècle des inventions, des arts, des sciences, doit bien avoir aussi quelques taches. Oui, malgré les efforts de la vraie morale, des doctrines pratiques et intelligentes, il se trouve encore de nos jours des gens assez naïfs pour se marier par amour.

C'est moi qui plains ces pauvres diables. Mais d'où sortent-ils donc? Qui les a élevés? Où vivent-ils Demandons cela à qui le sait; moi, je l'ignore.

Mon ami appartenait à cette dernière catégorie. Il aimais sa future, et celle-ci le lui rendait bien. Mais la maman de la jeune fille connaissait la valeur des gros sous, justement ce qui manquait à Z…

De là, oppositions, tracasseries, entraves de toutes sortes qui centuplaient les désirs des jeunes gens. Finalement, défense formelle de se voir. Pleurs, soupirs, rien n'y faisait, la matrone était inflexible.

Mon ami, garçon de moyens, savait se tirer d'un mauvais pas, mais il lui fallait un tiers.

A cette époque, j'étudiais le métier difficile de vendre des paletots. Mes travaux prenaient fin le soir, à six heures. Je fumais tranquillement la pipe des réflexions, quand Z… l'oeil à l'orage, les cheveux en coup de vent, s'écroule, comme une avalanche, dans mon modeste logement.

—Ah! mon pauvre vieux, toi seul peux me rappeler à la vie.

—Fichtre! ça me flatte, mais tu ne me parais pas trop malade.