Elle me présente à sa maman, qui se courbe en angle droit. J'en fais autant et me redresse, comme un ressort qui reprend sa roideur primitive.
—C'est étonnant, dit la bonne femme, comme monsieur a l'air Canadien.
On ne dirait pas du tout qu'il est Américain.
Je riais dans mon ventre, mais ma figure était sombre et inconsciente.
Z…, accompagné d'un camarade, avait eu la curiosité de me suivre de loin, pour voir comment je m'acquitterais de mon ambassade.
C'était en été. La croisée était ouverte, les volets fermés. Et l'appartement, au rez-de-chaussée, permettait aux deux amis de se rendre compte des événements de l'intérieur.
Rieurs constitutionnels tous deux, ils étouffaient dans leur mouchoirs les bouffées bienfaisantes occasionnées par ma face rasée aux lèvres. A la remarque de la maman sur ma parfaite ressemblance avec tous les Canadiens du Pays, ils n'y tiennent plus. Z… roule dans le fossé de la rue, se fourrant un mouchoir dans la bouche, s'enfonçant les côtes. L'autre, faisant un saut de carpe, s'affaisse comme un paquet, dans des étouffements épileptiques.
La dame, entendant quelque bruit, ouvre brusquement les volets. Puis ne laissant rien paraître sur sa figure, elle ferme tout.
—Ah! ces gamins! fait-elle.
Toujours impassible, je prévoyais le moment où l'on me flanquerait à la porte, ne doutant plus que l'on ne fût au courant de l'affaire.
Je soutiens mon rôle jusqu'au bout cependant, et, quelques minutes après, je sortais, grave comme un diplomate, Philomène au bras.