Cet automédon classique nous la faisait en artiste.
Contournant savamment les ornières dangereuses, il profitait de chaque mètre de bon chemin pour trotter ne perdant pas un pouce de terrain.
Toujours souriant et plein de bonhomie, il rassurait d'un petit rire protecteur et bon enfant le voyageur qui lui criait sa terreur, à la vue d'un passage scabreux.
L'événement donnait toujours raison au rire du cocher, et, après d'anxieux craquements, le véhicule reprenait son train-train, pour traverser bientôt de plus vilains endroits encore.
Maintes et maintes émotions poignantes envahirent les âmes timorées des passagers, pendant ce mémorable voyage.
Enfin Bel-Abbès se montre aux regards avides.
Dans un lointain rapproché, apparaissent ses cheminées, ses dômes, ses minarets orientaux, construits par les Occidentaux. Un rouge soleil couchant colore la masse inerte de ses constructions bariolées, et les grands platanes, qui enlacent cette charmante ville, jettent, dans les feux du soleil, la note chatoyante de leur verdure de bon aloi.
Le chemin était empierré à cet endroit. Le cocher en profita, et nous filions un train d'enfer.
A la nuit tombante, la ville promise nous ouvrait ses portes.
Un moraliste estimable a dit: «La frugalité aiguise les appétits», et je dis comme lui.