Pourquoi?

Parce que je me ferai certainement tuer pour elle, si je le puis.

Je me vante en disant cela. Parbleu, je le sais bien, que l'honneur de se faire tuer pour son ancienne mère patrie n'appartient pas à tous. Et comme je suis fier d'être un des élus!

Aussi je lui ai prouvé, je lui prouve et je lui prouverai, Dieu aidant, à cette belle et glorieuse France, que ma reconnaissance pour cette suprême faveur vivra jusqu'à ma mort.

APOLOGUE

Dans une immense plaine, bornée de tous côtés par des horizons infinis, grouillent des millions d'êtres humains. Tous se livrent fiévreusement à une occupation quelconque.

Ceux-ci, le front baigné de sueur, piochent la terre avec ardeur; ceux-là grattent le papier avec des pointes d'acier. Les uns affilent des lames tranchantes, d'autres fabriquent de terribles engins de destruction.

D'aucuns nonchalamment assis sur le sol semblent indifférents à tout ce qui les entoure, et regardent leurs voisins s'agiter violemment.

Une irrésistible impulsion paraît être commune à tous. A intervalles inégaux, ils se lèvent en choeur, comme mus par un même ressort, et se dirigent, soit lentement, soit avec rapidité, vers un noir précipice, au fond duquel apparaît, gigantesque, le mot MORT, écrit en lettres de nuit.

Les premiers arrivés cherchent à fuir, terrifiés devant ce gouffre insondable; mais la foule, qui les presse avec acharnement, leur barre toute issue et les force à tomber dans l'éternité.