Ainsi, je sais beaucoup de suicides dus au sac.
En campagne, en Afrique surtout, le traînard met son sac par terre, s'assied dessus, regarde les camarades disparaître dans les brumes lointaines de l'horizon, pense à ce qu'il a de plus cher, arme son fusil et se fait sauter la cervelle.
A l'appel du soir:
—Un tel?
—Manque.
Encore un suicide probablement, et l'on n'y pense plus.
Voilà des coups du sac.
Il ne faut pas trop lui en vouloir cependant, car le diable m'emporte si je le crois responsable des ses actes.
Quoi qu'il en soit, ajoutons à ce qui précède: les désirs de quitter l'armée, les pleurs parfois arrachés au conscrit, les regrets d'avoir quitté le tablier de la maman, les désirs ardents de retourner auprès d'une fiancée, les résolutions d'abandonner les aventures guerrières, les souvenirs cuisants d'un passé heureux, les projets de mieux se conduire en rentrant chez soi, les idées de suicide, etc.: ajoutons tout cela dis-je, et quantités incalculables d'autres choses, et l'on aura une bien faible idée de l'importance du sac.
Je le vante peut-être un peu trop, car je m'aperçois que ma vieille pipe s'est éteinte, sur ces derniers mots. Est-ce de jalousie? Je ne le crois pas.