Seule, une lumière brûlait dans une misérable tente. L'habitant de cette tente rêvait tristement. Il pensait à la France, au Canada, à sa famille, à son passé, à son avenir.

Au dehors, la lune enveloppait la plaine de son pâle linceul de lumière.

La respiration d'une brise légère faisait tressaillir le thym et l'alfa, et apportait au rêveur des senteurs d'ennui.

Un spleen immense envahissait peu à peu le pauvre diable, et bientôt, tout devenant confus… il dormait…

Minuit, heure terrible, venait d'arriver à la montre du colonel.

A ce moment, un sourd mugissement perce les nuages qui s'étaient amassés au firmament. Grandissant, ce bruit majestueux vient mourir au-dessus du camp, dans un éclatant coup de tonnerre, que l'écho éparpille dans l'immensité.

Le dormeur, sursautant sur sa couche d'alfa, sentit l'arche du pont des rêves s'écrouler sous lui, et fut précipité dans le gouffre insipide de la vie réelle.

Quels avaient été les rêves de notre héros?… L'histoire est muette là-dessus.

Son premier regard fut pour le ciel.

La lune faisait de violents efforts pour percer la couche nébuleuse qui lui volait sa lumière. Quelques faibles rayons intermittents filaient vers la plaine, et la tachetaient d'argent.