Oui, le 14 juillet, jour de réjouissances politiques, journée mémorable entre toutes, d'après les on dit, et ce jour fut annoncé à ce fier soldat par un coup de tonnerre, suivi d'un scorpion lunatique.

Quel réveil! Croit-on qu'une pareille aubaine ait pu tomber en partage à beaucoup de Français bien pensants?

On a de nombreux genres de réveils: le réveil aux trompettes éclatantes, le réveil embêtant, le réveil du jugement dernier, le réveil brusque, mais jamais, oh! non, jamais, on n'avait connu le réveil au scorpion à la lune.

Notre soldat seul, le 14 juillet 1881, était destiné à ce bonheur qu'on appréciera.

Il crut ne devoir dormir davantage cette nuit-là. Il en employa une partie à fouiller consciencieusement sa tente. Il cherchait les compagnons de son visiteur.

Car, disait-il dans sa logique de troupier sensé, un réveil au scorpion, passe encore, mais deux, ah! mais non, par exemple, ce serait trop de chance.

Une pareille émotion doublée dans une même nuit, fût-ce celle du 14 juillet, serait de force à éclipser l'intelligence la mieux portante.

Il s'obstina à chercher, mais rien.

Prenant alors sa bonne pipe de guerre, il continua sa rêverie que le sommeil de la veille avait brusquement interrompue, à l'instant remarquable où son papa, l'oeil en colère et le pied leste, lui avait vigoureusement hurlé dans l'oreille la mémorable phrase qui suit: «—Va manger de la vache enragée, et nous verrons ensuite.»

Comme j'ai eu, je crois, la bonne idée de le faire comprendre, ce souvenir angélique avait agi sur le cerveau de notre homme, qui s'en était endormi.