Il lui faut le stimulant d'un règlement, d'une ambition quelconque, pour le forcer à sortir, en grommelant, de sa léthargie paresseuse.
La liberté, mot mille fois rabâché, à propos duquel je rabâche ici de vieilles choses, s'empare de son élève, lui ouvre des horizons sans fin, l'assomme de bonheur, de satisfaction, d'ennui, et le livre bientôt, éreinté et dégoûté, à un règlement qui en fait un homme.
Car sans ligne de conduite, sans but, avec trop de liberté enfin, jamais d'homme.
Ces pensées m'empoignent pendant mes chères vacances, et, reportant mes regards vers la terre, l'oeil vague et réfléchi, je fais une étude de botanique morale sur la touffe d'alfa qui pousse à mes pieds.
L'attache qui la lie au sol fait sa force. Arrachée, elle roulerait au gré des vents, et, jaune et flétrie, elle irait bientôt mourir sur quelque fumier inconnu. Aussi, comme elle semble vouloir être libre!
Violemment secouée par la brise, elle lance des pointes dans toutes les directions.
Les fines extrémités de ses tiges dansent sur leurs bases flexibles, et menacent continuellement un ennemi invisible.
Étonnante ivresse que la danse de l'alfa!
Serpent nourri de vent, elle se livre à ses caprices, et taille dans les airs les plus fantastiques évolutions.
Quelle traîtresse, cependant! Derrière cet air léger et insouciant, se cache une noire méchanceté, à laquelle un Bou-Amema quelconque se charge souvent de donner raison.