XVI
COMBAT HOMÉRIQUE
C'était le deuxième jour de mes vacances. Triste et pensif, je me livrais à d'intimes actions sur le bord d'un étroit sentier, lorsque mon oreille fut frappée par un petit bruit sec.
Regardant dans la direction indiquée, je fus témoin d'une horrible tragédie, dont je vous dévoile tout de suite les émouvantes péripéties.
Un énorme cafard était aux prises avec une dizaine de grandes fourmis, dont le domicile entamait fortement la base d'un gros bouquet d'alfa.
Ce malheureux coléoptère avait probablement fourré son nez dans des choses privées, car les fourmis paraissaient fort en colère.
Il faisait de prodigieux efforts pour sortir de ce mauvais pas, mais à peine entr'ouvrait-il les ailes, que ses ennemies s'y cramponnaient avec furie.
Lançant de formidables horions à droite et à gauche, il ne pouvait cependant se débarrasser de ses assaillantes. Ce voyant, en tacticien habile, ce cafard malin fit le mort et attendit les événements.
Un spectacle extraordinaire s'offrit alors à ma vue.
Les sept ou huit fourmis qui l'entourent encore restent ébahies et tiennent un conseil de guerre. Après de longs pourparlers, bourrés d'arguments divers, une décision est prise, et l'action commence.