Deux des plus agiles se cramponnent aux ailes à moitié rentrées de leur victime, deux autres aux pattes de derrière, et le reste pousse de l'avant.
On marche en traînant le cadavre, et la route suivie mène au logis des fourmis.
Le cortège s'avance ainsi de quelques centimètres sans encombre, lorsque le cafard, sentant qu'on le traîne à sa perte, revient brusquement à la vie, et annonce sa résurrection par un vigoureux coup de patte, qui envoie rouler la plus ardente de ses ennemies sur un caillou voisin. Elle y reste évanouie et expire quelques instants après.
Les autres, surprises de cette vie miraculeuse, se retirent discrètement à l'écart et tiennent un second conseil.
Profitant de ce répit, le malheureux cafard recrute tous ses moyens, se ramasse sous ses élytres, fermement rentrés, et marche en avant.
Il se traîne quelques secondes, et soudain une attaque furibonde, venant de tous côtés, le rend perplexe.
Ses assaillantes, retirées derrière les rochers des environs, avaient concerté un plan et le mettaient énergiquement à exécution. Fondant à l'improviste sur leur ennemi en fuite, elles l'entourent et le harcèlent sans cesse.
Il tient ferme, se débat longtemps, et finalement, perclus et épuisé, il succombe une deuxième fois, non sans avoir jonché l'arène de nouveaux cadavres.
Des renforts arrivent aux fourmis, et elles organisent un second convoi.
Alors commence, pour le cafard expirant, une promenade des plus dramatiques.