J'ai cependant interrogé le tailleur là-dessus, et ses réponses louches et évasives m'ont fait douter de ce fait contestable. Enfin, j'en suis désolé, mais cette question devra rester en litige dans l'esprit du lecteur, malgré mon intention honnête de l'éclairer en tout.

Laissant donc à regret ce malheureux incident sans être vidé, j'explique les procédés du rattachement en un seul tout des divers éléments décrits plus haut.

Prendre les deux toiles de tente et les unir ensemble par une solide couture, semble être un simple jeu pour l'habile tailleur. Ceci terminé, à l'aide de ciseaux, effilés, il hache, il coupe, il découpe les deux sacs à distribution, les place sur le plancher en forme de triangles et les rattache aussitôt aux tentes-abris.

Vient ensuite le tour de la toile d'emballage. Le tailleur la saisit, en fait une longue bande de vingt centimètres de largeur et l'emploie pour orner utilement le bas de son travail comme chasse-poussière.

Pour terminer l'oeuvre, il ne reste plus que la cravate d'ordonnance, prise sur ma masse à raison de cinquante-cinq centimes. Le tailleur n'hésite pas. Il la prend, la perce de son aiguille et en pare le sommet de ma tente.

Il est utile maintenant de raconter les opérations de seconde importance.

Il fallait une porte. Un violent coup de ciseau accomplit cet acte. Un bourrelet, vivement enlevé donne un solide point d'appui aux vieilles boucles et courroies, dues à la générosité du maître cordonnier, et la porte fut.

Le tailleur se lance ensuite sur les cordeaux de piquets.

Perçant de petits trous, à égales distances, sur tout le pourtour du bas, il y introduit des cordeaux, ayant pour mission de s'accrocher aux piquets, dans les moments opportuns.

C'est fini. Le couturier, la sueur au front et le sourire aux lèvres, me présente ma tente, et je fus bouleversé.