J'ai toujours admiré le courage et l'adresse de ce jeune ouvrier, à qui je persiste à refuser toute notice biographique. Quoique confondu de son savoir-faire, je ne l'en remerciai pas moins, avec cent sous de pourboire, de m'avoir construit un abri, appelé plus tard à m'accompagner dans ma poursuite de cet insaisissable Bou-Amema.
L'existence est parsemée de faits aussi étonnants, et il faut que l'âme humaine soit bien ferrée pour résister aux chocs que la brutalité des choses lui fait si souvent éprouver.
Trêve de réflexions philosophiques. C'en était donc fait. Là, sur le plancher de la chambre Q pour huit hommes, gisait l'amas de toile qui devait me dérober aux tempêtes. Je me livrais entièrement à la joie.
Mais, ô déception! comment faire tenir cette tente debout?… Quels piliers pourraient être dignes de soutenir dans les airs le fruit de tant de travail?…
Les supports ordinaires ne suffiraient jamais,—leurs minces contours leur ôtant la force d'accomplir une telle besogne.—Il faut donc trouver autre chose…
Penché à la croisée, ayant à l'oeil cette ténacité rêveuse qui s'accroche à un objet sans le voir, je me plonge dans de lugubres rêveries…
Mon esprit se perd de plus en plus dans les difficultés du dilemme que j'avais juré de résoudre… Tout à coup retentit un cri sourd, inhumain, féroce.
Je tourne la tête et vois mon ordonnance. Il y a quelque chose de fatal dans son regard avide, obstinément fixé sur un objet appuyé contre les baraques du génie.
Sauvé! m'écriai-je… mais comment m'en emparer?… Le génie ne rend jamais son bien… Ce morceau de bois sera à moi, affirmai-je en rugissant. Et dès cet instant, le génie dut trembler.
Il fait nuit. L'orage, secondé par de noirs nuages, fait entendre, dans l'immensité du lointain, le glas funèbre de son approche. Le vide noir enveloppe la terre et l'espace de son linceul de nuit.