Mon compagnon a agi comme moi, mais certain dépit nerveux chez lui me fait croire qu'il est très-difficile dans le choix de l'endroit où jeter sa ligne.

Jamais content, ce caporal. Aussitôt sa ligne à l'eau, plus vite il la retire.

Ses gestes, devenant peu à peu épileptiques, finissent par attirer tout à fait mon attention.

Je le regarde, et la décomposition de son visage me fait peur.

Les veines de ses tempes sont gonflées à se rompre. Les coins de sa bouche sautillent nerveusement. Ses mais, agitées et pendantes, ne retiennent plus le roseau qui flotte sur l'eau. Son corps, penché en avant, semble prêt à s'élancer; et enfin, ses yeux, aux prunelles démesurément dilatées, sont dardés, avec une intensité inouïe, sur le bouchon de ma ligne.

—Ça mord! mugit-il d'une voix à réveiller les morts, au jugement dernier.

Je crois, en effet, voir une presque imperceptible vacillation du bouchon, et, ému par le cri énergique de mon compagnon, j'enlève ma ligne avec une vigueur à retirer un poisson de dix livres.

Hélas! une légèreté peu encourageante me fait vite comprendre que l'hameçon est vierge de toute victime, et j'allais remettre ma ligne à l'eau.

—Vous en avez un, hurle mon compagnon sur le même ton qu'auparavant.

Cette fois je perds complètement contenance.