Je commence à jouir d'avance de mon bonheur.
Je prends une ligne et demande un hameçon à mon compagnon. Un sourire, toujours respectueux et teinté d'une certaine pitié pour mon ignorance, illumine les traits de ce cher camarade.
D'un geste digne il me montre au bout de la ficelle un engin microscopique, accompagné d'un plomb presque invisible à l'oeil nu.
Ah! m'écriai-je, je vous remercie.
Mais en moi je pensais qu'un pareil crochet ne pourrait jamais réussir à enlever les pièces que je devais prendre.
Je ne dis mot cependant et demandai les appâts.
Un étroit sac de papier m'est présenté. Au fond, se remuent une quantité innombrable de petits vers blancs. Ils sont un peu plus gros que la tête d'une épingle.
Je jette un regard soupçonneux sur le caporal, et ma confiance commence à être sérieusement ébranlée.
Je me remets cependant, et, après d'inqualifiables efforts, je parviens à accrocher une de ces petites bêtes à la pointe de l'hameçon.
Lançant ensuite tout l'attirail en plein eau, je concentre mes facultés sur le vrai travail du pêcheur: suivre attentivement, d'un oeil fatigué, la plume d'oie servant de bouchon indicateur.