Le passé défile devant soi, et l'on a le choix des sujets.

On glisse rapidement sur les choses ennuyeuses, et l'esprit s'arrête avec complaisance sur certains événements chers au souvenir.

Le premier sourire de la femme aimée fait époque dans la vie d'un homme, et y laisse des traces brillantes où l'imagination aime à se trouver.

Par contre, l'oubli complet nous venge bientôt de nos plus violents déboires.

Heureuse construction que la machine humaine!

L'homme prévoyant doit toujours s'assurer la pâture de l'avenir avec un passé bien rempli.

L'âge arrive, et avec lui tout un cortège d'illusions perdues, de chagrins, de passions, d'ambitions avortées, de jouissances.

Le repos bien mérité, au bord de la tombe, permet au mortel de puiser dans cet immense océan du passé, et d'y prendre à volonté les sujets de souvenir.

Ce préambule m'amène naturellement à raconter un événement auquel je fus mêlé, et que, à l'époque, fit une impression extraordinaire sur mon esprit.

J'étais très-lié avec un jeune étudiant en droit du nom de P…