Ce garçon me recevait chez lui chaque soir, et je dois me rendre justice: c'était toujours sur ses instances réitérées que je franchissais, au crépuscule, le seuil de sa porte.
Si, par hasard, j'oubliais le rendez-vous, je voyais P… arriver chez moi, le reproche à la bouche.
Nous étions tus deux quelque peu musiciens, et nous partagions nos soirées entre la musique et la pipe.
Très-enthousiaste, il me faisait lui raconter mes aventures.
Déjà, à cette époque, j'avais connu les caprices du sort des voyages.
Un ami commun, T…, logeait chez P… et, pendant ces longues soirées d'hiver, je nouai avec ces deux garçons-là, à l'aide de franches causeries, les deux plus solides amitiés de ma vie.
D'une timidité incompréhensible qui me faisait fuir le monde, je n'abordais presque jamais les parents de mon ami.
Celui-ci, connaissant cette particularité de mon caractère, entourait mon entrée chez lui de précautions toutes mystérieuses.
Il me précédait toujours, et éloignait de ma chère personne tout être indiscret.
Si la bonne m'ouvrait, elle avait ordre de me conduire au fumoir sans avertir qui que ce fût.