A cette période aiguë de mon existence dans l'épicerie, mon patron intervint.
C'était un petit bonhomme grêle, hargneux, affairé, méchant en diable.
Se redressant sur ses petites jambes, il m'apostrophait d'un ton prudhommesque, menaçant de me congédier.
Mais je tenais fort à mes vingt francs par mois, à mes dix-huit heures de travail par jour et probablement aussi à Angèle. D'autant plus, que ma patronne venait de commander pour moi un costume jaune complet.
Je courbais la tête, promettant de m'amender.
Ce que cette passion me fit faire!
Un jour, je pars pour aller chercher un chargement de pommes de terre dans un village voisin.
Heureux de me trouver en proie à mes pensées, je laisse le cheval prendre une direction opposée, et je constate mon erreur à quinze milles plus loin.
Une autre fois, courbé sur mes genoux pour prendre une brassée de bois dans la cour, je reste dans cette position un temps infini.
Je voyais le ciel, les nuages, les étoiles, enfin le système solaire au complet, et, plus brillante que tout ça, ma divine Angèle m'ouvrant les bras.