Rendu à domicile, j'y étais passé maître, et je fus récompensé, cette nuit-là par une insomnie séduisante.

Tout cela devait finir cependant, et la fin arriva trop tôt pour moi.

Mon patron donna un bal pour inaugurer une maison qu'il avait fait construire. Tous les gros bonnets furent invités, et moi, toujours par surcroît, j'assistais comme spectateur à cette brillante réunion.

Placé près de la musique, je suivais d'un oeil jaloux les moindres gestes d'Angèle, qui, en valsant, m'atteignait de ses regards à chaque tour, et me lançait autant de traits bien appliqués.

Enfin, comme les plus beaux bals du monde doivent prendre fin, je retrouvai mon lit, et peu à peu, mes sens s'engourdissant, je sommeillai.

Mes rêves revêtaient les formes d'Angèle, et ses mains me caressaient le visage.

Insensiblement mes esprits acquièrent une idée exacte de la situation, et ma belle m'apparaît en chair et en os. Courbée près de mon lit, sa main me pressait doucement la joue, et sa voix, comme un soupir, me disait: Joseph.

Quelque endurcie que fût ma bêtise, tout sentiment humain a des bornes qu'il ne doit pas dépasser.

On m'avait bien dit que la haine excessive touche de près l'amour, mais j'appris alors que la timidité poussée à fond entraîne toujours une hardiesse outrée. Aussi je devins lion.

Comme les muscles de ma jeunesse étaient remarquables par leur grande précocité, j'enlevai Angèle d'un tour de main, et avant d'avoir fait ah! elle était sur mon lit.