Bachelier ès sciences, et ès lettres, il débuta comme journaliste à
Paris et réussit si bien qu'il était soldat à vingt-trois ans.
A la suite d'une description passionnée d'un pays quelconque, qu'il n'avait jamais vu, il fut fait officier d'académie, et, s'engageant, il complétait son dossier d'actions d'éclat en déployant un superbe brevet de membre correspondant de l'Institut Cambodge-Annam.
Pourquoi de Cambodge-Annam, grands dieux? Lui seul le sait probablement.
Il tomba comme caporal dans ma compagnie et y déploya une activité hors ligne.
Faisant ses étapes clopin-clopant, il se redressait à l'arrivée et courait partout comme un cerf.
Dans un moment d'épanchement, il me confia un manuscrit sur lequel il fondait les plus grandes espérances.
C'était une épouvantable histoire d'une grande dame russe, buvant beaucoup de thé, fumant beaucoup de cigarettes, ayant beaucoup d'amants.
L'affaire se terminait dans un gâchis formidable, arrosé d'une quantité d'un sang aussi géorgien que caucasique.
Dominant cette grande débâcle de toute sa taille, apparaissait la grande dame russe, la cigarette aux lèvres et le rire à la bouche. Puis, après trois ou quatre ah! ah! ah! sataniques, l'héroïne sombrait dans une apothéose méphistophélique qui donnait la chair de poule.
Je fus naturellement enthousiasmé, ayant toujours aimé le noble, le beau, et je pris le caporal sous ma protection.