Il devint chef d'ordinaire de ma compagnie, et, petit officier d'ordonnance, son rôle consistait surtout à assurer et à guider mes plaisirs.

Je me plais ici à lui rendre justice sous ce rapport. Si l'on se souvient de la pêche miraculeuse, on dira comme moi qu'il s'acquittait dignement de sa mission.

Je craignais bien un peu pour la chasse à l'affût, mais ce diable d'homme me paraissait si confiant que je fus aussi bientôt rempli d'une ardeur singulière.

Sus aux hyènes! Détruisons ces horribles bêtes qui déterrent et dévorent les cadavres dans le cimetières! Délivrons la montagne de Ras-el-Ma de ces hôtes sinistres!

Remplis tous deux d'aussi fiers sentiments, nous nous mimes hardiment à l'oeuvre, et, le soir, à dix heures, nous avions, au pied d'un grand chêne, une agglomération remarquables d'ossements à demi décharnés, de charognes de toutes sortes.

Je me permets ici d'expliquer au lecteur qui n'en sait rien,—les lecteurs ne savent jamais rien,—que la chasse à l'affût se fait à l'aide d'appâts que l'on place soit au pied d'un arbre, soit au bas d'un rocher.

Le chasseur embusqué, très-brave alors, puisqu'il n'y a pas de danger, guette ensuite l'arrivé du gibier.

Si c'est un chasseur bon enfant, il ne tue l'animal que lorsque celui-ci est bien repu. Si, au contraire, le chasseur est un dur à cuire, il ne donne pas à sa victime le temps de faire: ouf!

La suite des événements apprendra au public laquelle de ces deux catégories nous appartenions, le caporal et moi.

Enfin nous grimpons sur une arbre, et, quelques instants après nous étions perchés chacun sur une grosse branche, le doigt sur la détente, l'oeil bien allumé, l'oreille grande ouverte.