Ma pipe, assistée de tout son matériel et trop fière pour prendre part à une si infime besogne, gardait une neutralité complète.
Mais lorsqu'elle vit mon revolver montrer des velléités de vouloir se ranger du côté de la capote, une rage sans pareille la secoue. Sa vieille cicatrice du côté droit devient livide à faire peur, et, lançant un défit à l'univers entier, elle se plonge, avec tout son monde, dans le plus fort de la mêlée.
Mon revolver riposte tout de suite, et la danse est complète.
A ce moment suprême, je n'y puis plus tenir, et, secouant ma léthargie, j'interviens vigoureusement.
Mon sac, chez qui depuis déjà longtemps j'avais remarqué une sourde inimitié à mon égard, profite de ma démonstration pour se déclarer franchement contre moi et me pousse une violente botte, qui m'atteint en pleine poitrine.
Je m'éveille à ce choc et à temps pour entendre une détonation.
Elle provenait du fusil du caporal. Comme moi il s'était endormi, et son arme, s'échappant de ses mains, avait, dans sa chute, rencontré ma poitrine, puis une branche qui avait touché la détente.
Une hyène, effrayée de ce vacarme, était déjà loin, et je pus constater, en voyant les charognes tout à fait décharnées, que notre visiteuse s'était tranquillement repue pendant notre sommeil.
Je rentrai penaud au logis et examinai mon intérieur. Rien n'y était changé.
Quel rêve affreux!