Un certain nombre de banquiers chinois se sont réunis dans la capitale et ont décidé de créer une association avec des branches dans les provinces pour aider à réaliser cette réforme; le gouvernement de son côté a déjà pris des mesures pour la frappe des nouvelles pièces, leur mise en circulation et le rachat de l'ancienne monnaie. Il est bien évident que si l'usage de la monnaie en question pouvait être étendu à tout l'Empire, ce serait un immense progrès; mais il y aura de la résistance de la part des banques, habituées à faire des profits dans le change de la sapèque par rapport à l'argent; de plus la suppression du système actuel, tellement entré dans les habitudes chinoises qu'il les dérange et les gêne fort peu, mettrait fin aux bénéfices des gros personnages: ceux-ci tiennent à la conservation des vieux errements. Aussi il est probable que la réforme monétaire n'ira pas sans grande difficulté et sera sans doute l'une des plus pénibles à accomplir en Chine. C'est la banque chinoise Ta-Ts'ing-Ying-Hang qui a été chargée de mener à bonne fin le changement radical du système monétaire de l'Empire[8].

[8] Les nouvelles monnaies d'argent viennent, d'après de récentes informations venues de Chine, d'être frappées par le ministère des Finances et comprennent quatre types: une piastre, une demi-piastre, vingt-cinq cents et dix cents. On en aurait déjà fait parvenir aux ministères et administrations diverses à Pékin et dans les provinces. Les pièces portent d'un côté Ta Tsing ying pi (monnaie d'argent de l'Empire des Tsing) et de l'autre, suivant le cas: Yi yuan = une piastre; ou kiao = 1/2 piastre ou 50 cents; leang kiao pan = 15 cents; yi kiao = dix cents. C'est là un premier essai.

VII.—Les Chinois se servent pour peser des unités suivantes:

tan qui vaut: 60 kilogrammes
kin un centième de tan
léang un seizième de kin
tsien un dixième de léang
feun un dixième de tsien
li un dixième de feun

Mais les Européens ne font pas usage de ces termes; ils donnent à ces unités chinoises des noms adoptés autrefois par les premiers Portugais qui sont venus en Chine:

Le tan se nomme picul (mot malais)
Le kin catti
Le léang tael
Le tsien mas ou mace
Le feun candarin
Le li cash

Tout le commerce étranger en Chine se fait par picul et catti.

L'étranger qui achète des terrains en Chine a besoin de connaître les mesures de surface. Le meou, valant à peu près 600 mètres carrés, le king, valant 100 meou sont les deux principales unités; il est vrai de dire qu'ils diffèrent selon les provinces, comme du reste les mesures de longueur dont l'unité principale, le li, varie entre 500 et 650 mètres suivant qu'on se trouve au nord ou au sud de l'Empire.

Ainsi, même dans les choses les plus précises, telles que monnaies, poids et mesures, rien de fixe, rien de définitivement réglé en Chine. Il en est ainsi pour tout; la Chine est le pays de l'à peu près et le Chinois traduit lui-même sa mentalité dans une phrase qu'il a toujours à la bouche: «Tch'a pou tô; il s'en faut de peu; c'est à peu près cela».

CHAPITRE V