On trouve encore, à Tchen-Kiang, des piastres espagnoles, provenant des Philippines, à l'effigie de Ferdinand II et de Charles IV; mais on ne les voit pas ailleurs.

Sur les frontières du Tonkin, au Kouang-Si et au Yunnan, la piastre française de l'Indo-Chine et les monnaies divisionnaires ont fini par être acceptées, mais il a fallu bien du temps.

On voit combien est compliqué le système monétaire chinois, puisque, par exemple, pour traiter des affaires entre Changhai et Hankeou, il faut tenir compte de la différence du tael sur les deux marchés, et toujours calculer que les taels d'une ville (Hankeou) sont plus forts que ceux de l'autre (Changhai).

Il s'ensuit aussi, naturellement, que le change des sapèques pour le tael subira une hausse ou une baisse suivant les provinces; on aura pour un tael de Hankeou, par exemple, 1.800 sapèques, et pour un tael de Changhai, 1.500 ou 1.570.

V.—Bien qu'aujourd'hui les sapèques soient toutes frappées en cuivre, il fut une époque où la Chine possédait des sapèques d'étain, de plomb, de fer même. Dans l'antiquité on se servait aussi de petits coquillages, mais l'usage en a été vite aboli. Outre les sapèques de figure ronde, il existait sous les anciennes dynasties des sapèques en forme de lame de sabre, de dos de tortue; il y en avait avec des figures d'oiseaux, de dragons, et quand il s'en trouve actuellement dans une famille chinoise, ces vieilles monnaies sont regardées comme des fétiches porte-bonheur: on les attache avec un ruban au cou ou à la ceinture des enfants.

Les faux-monnayeurs existent en nombre considérable: non seulement ils fabriquent de fausses piastres mexicaines, mais ils lancent aussi dans la circulation de fausses sapèques, alliage de sable, de zinc et de cuivre. Aussi, quand on paye un coolie, on voit ce dernier examiner une à une les sapèques qu'on lui remet et refuser celles qui ne lui semblent pas suffisamment pures. Cependant, chose étrange, les sapèques fausses circulent; mais on en exige le double en payement; ainsi, un coolie achetant une poignée d'arachides payera avec 5 bonnes sapèques ou 10 fausses.

Entre Chinois ces petites pratiques n'ont pas d'importance! Ils n'aiment pas qu'on leur passe une piastre évidée et garnie de plomb; et cependant la chose n'est pas rare, les faux monnayeurs sont habiles.

La sapèque étant fort incommode à transporter, les Chinois ont cherché un moyen fiduciaire qui en tînt place, et ils ont bien avant nous trouvé le billet de banque. Ces billets, toutefois, ne sont pas émis par l'État, mais par des banques particulières. Une banque peut être ouverte par une personne seule ou par une société, pourvu qu'elle se soumette à certains règlements et à certaines redevances envers l'État. Une fois en règle, la banque émet des billets pour une valeur de 10, 20, 50, 100 ligatures ou tiao; de cette façon on n'a pas besoin de s'embarrasser de monnaie de cuivre; les banques se connaissant entre elles échangent leurs billets; elles donnent même des lettres de crédit à ceux qui sont appelés pour leurs affaires dans l'intérieur de l'Empire; et il faut reconnaître qu'on a toutes facilités au point de vue du payement. Les avantages que possèdent ces banques sont réellement appréciables; mais il y a un revers, c'est que le taux de l'intérêt en Chine est très élevé; il va de 20 à 40 pour 100, et rarement il reste à 3 pour 100 par mois, ce qui est le taux légal.

VI.—Devant les difficultés qu'entraîne le système monétaire actuel, le gouvernement chinois a essayé dernièrement plusieurs tentatives pour réformer le système du tael et de la sapèque et le 24 mai 1910, un décret impérial a été publié conçu à peu près dans ce sens:

L'unité de la circulation monétaire nationale sera la piastre d'argent (Yuen en chinois) et l'étalon sera jusqu'à nouvel ordre l'argent. La monnaie d'appoint consistera en pièces de 50, 25, et 10 cents, une pièce de nickel de 5 cents et quatre pièces de cuivre de 2 cents, 1 cent, 5 sapèques et 1 sapèque. La valeur de la piastre sera établie d'une façon décimale et définitive. Il ne sera pas permis de les altérer. Le ministère des Finances donnera des ordres nécessaires pour que les monnaies frappent les nouvelles pièces conformément au poids et au titre ainsi qu'aux modèles adoptés et les mettent peu à peu en circulation.