On trouve également comme industrie occidentale à Changhai des fabriques de papier; des fabriques d'allumettes suédoises; des meuneries; des ateliers de réparation de navires; des fabriques de fer-blanc. Le plus considérable des ateliers de réparation et de construction de navires est le «Shanghai dock and engineering Cº», fondé par un Anglais nommé Muirhead vers 1855, repris et augmenté par M. Farnham et connu jusqu'en 1906 sous le vocable «S. Farnham, Boyd and Cº».

Tous les navires déchargent à quai, sauf toutefois les grands paquebots qui sont obligés de rester à l'ancre en dehors de la rivière, en face de Wou-Song, à cause de la barre élevée par les alluvions à l'embouchure du Houang-Pou. Les quais de Changhai appartiennent à une Société qui les loue aux différentes compagnies de navigation.

Il existe aussi une certaine longueur de quais sur la concession française et plusieurs navires faisant le service du Yangtseu y ont leurs appontements.

Le gouvernement chinois possède à Changhai un dock et un arsenal ainsi qu'un dock pour la construction des navires, au lieu appelé Kao tchang miao, un peu en amont du fleuve, au delà de la ville indigène.

En 1876 une ligne de chemin de fer avait été installée entre les concessions européennes de Changhai et Wou-Song; mais les autorités chinoises rachetèrent ligne et matériel dix-huit mois après et firent tout enlever et vendre à l'encan. Aujourd'hui une ligne nouvelle a été construite; elle est déjà depuis longtemps en exploitation jusqu'à Wou-Song, et, depuis 1909 se prolonge jusqu'à Nankin en passant par Sou-tcheou et Tchen-Kiang.

Le port de Changhai est le centre du commerce européen en Chine et il absorbe plus de la moitié du commerce total de la Chine avec les puissances occidentales. L'ouverture des ports du Yangtseu, loin de lui faire du tort, a, au contraire, augmenté ses transactions; car bon gré mal gré il faut que tous les produits de l'intérieur passent par Changhai; seul le thé que les bateaux russes exportent de Hankow sort directement du Yangtseu.

VIII.—La situation de Changhai a toujours été prospère; mais il est bien évident qu'il ne s'y élève plus aujourd'hui les fortunes colossales des premiers temps de l'ouverture de la Chine aux étrangers; les «Princes merchants» n'ont eu qu'un temps, et à l'heure qu'il est la concurrence internationale y est aussi âpre qu'en aucun lieu du monde. Après la guerre russo-japonaise, un arrêt s'est produit dans les transactions et beaucoup de maisons européennes ont souffert; actuellement encore le marché se ressent d'un malaise général et les affaires ne sont pas ce qu'elles devraient être. Et, du reste, en dehors de toute autre cause de fléchissement dans les affaires, la concurrence de chaque instant que se font ces différentes maisons rivales suffirait à expliquer le ralentissement. L'exportation est toujours plus ou moins au même niveau; mais l'importation a subi et subit encore des à-coups. Après l'Allemand, qui était venu concurrencer l'Anglais, un autre, le Japonais, est apparu qui a dépassé encore l'Allemand pour le bon marché de ses produits.

D'après le résumé décennal récemment publié, les chiffres du commerce de Changhai pour les dernières années, en taels de douane ou Hai-Kwan taels, sont les suivants:

Année 1907 = 392.731.600 taels
— 1908 = 397.106.850 —[9]

[9] J'ai pris comme année type de statistique commerciale l'année 1908, parce qu'elle était la seule dont j'eusse les documents complets au moment où j'ai écrit ce livre (à la fin de 1910). Elle peut, d'ailleurs, servir fort bien de critérium général, car les années ne diffèrent pas extraordinairement, à moins de les prendre de dix en dix.