VIII.—Au point de vue agricole, la province n'est pas comptée comme une des riches provinces chinoises. Les principaux produits sont le riz dont on fait, dans certaines parties du Houpe, deux récoltes annuelles; le blé et le coton cultivés en petite quantité dans le nord de la province; le chanvre, la ramie, le sésame, le thé qui est la principale production de la sous-préfecture de Che-Nan-Fou; l'arbre à vernis (rhus vernicifera) et la rhubarbe qui poussent dans les régions montagneuses de l'ouest de la province; les haricots, l'indigo, le tabac.
Le pavot à opium se cultivait autrefois dans tout l'ouest de la province, vers Itchang et Siang-Yang-Fou, et le Houpe en produisait environ 10.000 piculs par an; mais, depuis les ordonnances impériales contre l'opium, la culture du pavot a cessé.
La pomme de terre, autrefois introduite par les missionnaires italiens franciscains, est cultivée aux environs de Hankeou; mais elle pousse surtout dans les régions montagneuses de l'ouest de la province, où elle fait le fond de la nourriture des paysans en même temps que la patate douce. Le sorgho, le maïs, le millet sont également cultivés.
Le climat du Houpe convient admirablement à la sériciculture, et elle y existe depuis les temps les plus reculés. La légende rapporte qu'au temps de la conquête de la province, habitée alors par des aborigènes ou Miao-Tseu, un Empereur aurait épousé la fille d'un prince de l'une des tribus et que cette princesse serait précisément celle qui a découvert l'art de tisser la soie. C'est à Ta-Yang, au nord-est d'Itchang, que se trouvent les centres d'élevage de vers à soie de la province.
Il n'y a plus d'arbres au Houpe; comme dans toutes les provinces que j'ai déjà passées en revue, les forêts ont disparu et c'est du Hounan et du Kouei-Tcheou que viennent les bois employés à Hankeou et ailleurs, quand ils n'arrivent pas tout simplement d'Amérique, ce qui est le cas la plupart du temps.
Les mines du Houpe ont donné des déceptions; il faut faire exception pour celle du Tié-Chan, où on trouve un excellent minerai de fer. On y découvre aussi des mines d'antimoine et de zinc, et une maison française avait essayé de traiter le minerai à Wou-Tchang; elle avait bien réussi, mais, faute de fonds, elle fut obligée de céder son affaire à une maison allemande, Carlowitz, qui continue avec succès.
Quant aux mines de charbon, elles n'ont procuré que des déboires; j'en ai vu ouvrir sept en trois ans, dans diverses parties de la province, et aucune n'a donné de bonne houille. Le charbon consommé à Hankeou vient du Hounan et surtout du Kiang-Si.
IX.—En 1892, le commerce de Hankeou ne s'élevait qu'à 48.500.000 taels; il a, depuis, constamment prospéré jusqu'en 1904, où il atteint le chiffre de 148.000.000 de taels. Il a ensuite fléchi en 1905 à 122.100.000 de taels, et en 1906 à 109.660.000 de taels, mais ce n'était là qu'un fléchissement passager dû à une crise monétaire, et depuis les affaires ont repris: le trafic est remonté à 115.071.383 de taels en 1907, et à 120.038.293 de taels en 1908.
La branche la plus importante du commerce d'importation est celle des tissus de coton. En 1905, Hankeou a reçu pour 6.000.000 de taels de filés et 7.220.000 taels de cotonnades; en 1905, l'importation des filés étrangers a augmenté de 50.000 piculs, représentant environ une plus-value de 1.320.000 taels; la plus grande partie provient du Japon, les filés de ce pays ayant repris sur le marché l'avantage sur les filés indiens, qui eux-mêmes avaient détrôné le coton filé du Lancashire. L'Angleterre ne fournit plus depuis longtemps que les numéros élevés.
Quant à l'importation des cotonnades, connues sur le marché sous le nom marchand anglais de «piece goods», elle a également bénéficié de l'engorgement des magasins de Changhai après la guerre russo-japonaise. On a constaté une augmentation de 337.000 pièces sur les cotonnades écrues et une augmentation de 57.000 pièces sur les étoffes teintes en noir dites, en langage du commerce, «italians». Cependant, il y a lieu de noter une baisse de 24.000 pièces pour les cotonnades écrues américaines et de 17.000 pièces pour les toiles de Perse, connues sous le nom de «chintzes».