Presque la totalité des tissus importés sur le marché de Hankeou sortent des entrepôts fictifs de Changhai. L'importation directe de ces marchandises n'occupe que quelques rares commerçants allemands et japonais qui travaillent le plus souvent à la commission. Quelques petites maisons de commerce se contentent de faire de la consignation. Les achats sur Changhai s'opèrent par l'entremise des courtiers chinois qui se tiennent journellement en communication avec les marchands indigènes de l'intérieur. Changhai étant le grand centre d'importation des tissus étrangers, les effets d'un encombrement ou d'un déficit de ces marchandises se répercutent naturellement à Hankeou, un de ses principaux débouchés. Au 31 décembre 1906, il y avait à Changhai, d'après les rapports de la Chambre de commerce, plus de 11.000.000 de pièces de cotonnades de toutes sortes. Ainsi, dès le début de 1907, Hankeou a largement profité de la situation pour s'approvisionner. Le spéculateur indigène établi à Changhai a été obligé, à l'approche du nouvel an, de réaliser coûte que coûte la plus grande partie de son stock et de traiter avec les acheteurs du Yangtseu, d'autant plus que le marché du nord lui était fermé et était, du reste, tout aussi encombré que celui de Changhai.
La majeure partie de ces étoffes de coton sont de fabrication anglaise ou américaine; les fabriques des États-Unis ne l'emportent sur celles du Lancashire que pour les étoffes lourdes, notamment les coutils. L'importation américaine a fait, durant ces dernières années, d'énormes progrès en Chine, mais c'est surtout dans le nord qu'elle a développé ses débouchés; dans la vallée du Yangtseu, la prépondérance anglaise se maintient, quoique déjà battue en brèche par le Japon et l'Inde, et aussi par l'Italie qui a réussi, depuis quelques années, à écouler en Chine une partie de ses cotonnades, qu'elle fabrique près de Milan.
En ce qui concerne la France, la vente de cotonnades est nulle. Nous fabriquons trop bien et trop cher, et pas du tout au goût de la clientèle chinoise; nous avons des fabriques de spécialités fort belles et fort élégantes, mais dont les prix sont inaccessibles à la masse de la clientèle chinoise qui est pauvre.
Les tissus de laines sont peu achetés, et on n'en importe guère que pour 5 ou 600.000 taels; à peu près tout vient du Japon, et ce sont surtout les tissus de flanelle que les Chinois emploient.
Si nous prenons les tissus de soie, l'importation en Chine en est naturellement peu élevée, la Chine étant la productrice de la soie par excellence, et de la soie sous toutes ses formes. Cependant l'industrie lyonnaise s'est mise depuis quelque temps à importer des tissus de soie pure et des tissus mélangés de soie et coton qui trouvent preneurs au marché de Hankeou, étant donnés leurs prix. Tout est là. Si nous pouvons arriver à fabriquer à bas prix des mélanges soie et coton répondant comme dessins et couleurs aux goûts du pays, nous réussirons à augmenter notre importation qui est actuellement à Hankeou d'environ 200.000 taels. Nos seuls concurrents possibles sont les Japonais et les Allemands, qui peuvent livrer à des prix de famine, et c'est peut-être encore eux qui en ce genre d'étoffes nous laisseront loin derrière eux. Les rubans de Saint-Étienne commencent à être assez connus et se vendent bien sur le marché chinois. Hankeou en importe pour une valeur d'environ 50.000 taels. C'est une maison belge qui a eu jusqu'ici le monopole de l'importation de cette marchandise, et c'est d'ailleurs à l'intelligence commerciale du chef de cette maison que les fabriques de Saint-Étienne doivent de faire concurrence au «lan kan» de fabrication chinoise.
L'importation des métaux est presque nulle à Hankeou, ce qui se comprend du reste, puisque les usines et fonderies de Hanyang, non seulement peuvent fournir la place, mais encore toute la région; quant aux machines, l'importation en augmente de plus en plus; matériel de chemins de fer, appareils télégraphiques, appareils électriques, instruments scientifiques, courroies de transmission, machines à épurer le coton, matériel d'imprimerie, machines à coudre, et une quantité d'autres machineries en tous genres; on en importe tous les ans pour une valeur de 2 à 3.000.000 de taels; presque toutes les machines jetées sur le marché d'Hankeou sont de provenance allemande ou anglaise, et ce commerce prend tous les jours plus d'importance. Ce sont l'Angleterre et l'Allemagne, et également un peu les États-Unis d'Amérique qui sont les principaux fournisseurs de l'industrie chinoise. Des grandes maisons qui sont établies à Hankeou ont toutes un bureau technique, dirigé par un ingénieur très compétent, qui s'occupe de l'installation d'usines et d'ateliers, et se charge de la vente des machines de toutes sortes, moteurs à pétrole ou à vapeur, dynamos, pompes, matériel de mines. La Shanghai maritime Cº, sous la direction de M. Buchleister, et représentant des maisons de Berlin, Magdebourg, Bonn et Leipsig est l'une de ces maisons allemandes, bien montées et fortement organisées, qui ont réussi dans le monde entier, et notamment en Chine, à faire concurrence aux Anglais.
Les charbons importés à Hankeou viennent soit du Japon, soit de Kai-Ping. La province du Houpe, ainsi que je l'ai dit plus haut, ne fournit pas de bon charbon; on a commencé à en faire venir du Sseu-Tchuen, et il semble pouvoir être utilisé dans l'industrie.
Le pétrole est l'un des gros articles du commerce de la place. La consommation ne cesse d'augmenter à mesure que les prix baissent et que s'étend le rayon de vente. En 1892, Hankeou ne recevait que 4.737.000 gallons (un gallon égale environ 4 litres), en 1901, l'importation avait quadruplé; elle a atteint, en 1905, 26.390.000 gallons et a continué à augmenter tous les ans. Autrefois le pétrole américain était le maître du marché, mais à dater de 1896, le pétrole russe, et à partir de 1897, les pétroles de Sumatra et de Bornéo lui ont fait une grande concurrence. Celui de Birmanie n'est pas encore très apprécié et on en voit peu. Le pétrole est le plus souvent importé en bateaux-citernes et déchargé dans les réservoirs des compagnies. La «Shell transport and trading Cº» possède deux réservoirs, chacun d'une capacité de 3.500.000 litres. La «Royal Dutch petroleum Cº» a également deux réservoirs semblables; ils sont situés sur les bords du fleuve, à quelques kilomètres au-dessous des concessions étrangères. Quant à la compagnie américaine, Standard oil, elle n'importait que du pétrole en caisses. Mais elle a construit, elle aussi, un réservoir. Enfin la «East asiatic petroleum Cº» a établi deux réservoirs sur la ligne du chemin de fer, l'un à Hou-Yuen, province du Houpe, l'autre à Sin-Yang (Honan), et elle alimente ces réservoirs au moyen de wagons-citernes.
Les sucres étrangers proviennent surtout de Hong-Kong, et malgré les essais des Japonais, les Chinois donnent toujours la préférence au produit anglais. Les aiguilles sont importées par l'Allemagne, les allumettes par le Japon; quant aux bois, qui viennent en grande quantité, ils sont originaires soit des États-Unis d'Amérique, soit de l'Australie.
L'importation des produits alimentaires d'origine étrangère est forcément très limitée. Les Chinois, pas plus que les Japonais, ne sont friands de nourriture européenne, ils préfèrent leur menu à toutes les conserves qu'on peut leur offrir. Ils n'apprécient guère que trois choses: le champagne, les gâteaux secs, et les fruits en conserves. Les deux derniers produits leur sont fournis par l'Angleterre, la Californie et l'Autriche; quant au champagne, seuls les riches peuvent en acheter d'authentique; la majeure partie de ce qu'on vend sous ce nom est une affreuse drogue fabriquée en Allemagne et vendue à des prix ridicules de bon marché. Les Japonais ont également essayé de faire la concurrence aux Allemands en ce genre de marchandises.