La préparation du thé noir, de celui qu'on vend pour l'exportation, n'est pas aussi simple que l'on pourrait croire. On fait d'abord la part du déchet, en mettant de côté toutes les feuilles flétries et jaunies; puis on place les bonnes feuilles sur des claies de bambous en les étendant avec soin, et on les expose pendant plusieurs jours au grand air, afin de les faire sécher; on les roule avec la main ou même avec le pied, après quoi on les met dans de grands bassins en fer bien chauffés et que l'on secoue en tous sens pour qu'elles grillent uniformément. Puis, on les roule à nouveau avec les pieds, en pressant très fortement, et on en extrait ainsi l'huile âcre qu'elles peuvent alors contenir. On les grille encore une fois après les avoir fait sécher de nouveau au soleil, et on les met ensuite dans des récipients chauffés à une température moyenne où elles achèvent de se sécher; enfin elles sont bonnes à emballer.
Quant au thé vert, qu'on n'exporte guère qu'en Amérique, on ne le grille qu'une fois au-dessus de plaques de tôle et après l'avoir fait baigner dans un liquide mélangé de safran et d'indigo, ce qui lui donne sa couleur verte. Ce thé, qui n'est grillé qu'une fois, a conservé toutes les propriétés excitantes de son huile essentielle et il est très énervant. Il ne peut convenir qu'à des tempéraments lymphatiques.
Parmi les thés noirs, la généralité porte le nom de Congou, ou «bien travaillé», nom qui a suppléé celui de Bohea dont on se servait pour le désigner il y a quelque deux cents ans; ou bien Pekoe orange, c'est-à-dire parfum supérieur; Pekoe pur, c'est-à-dire couleur des cheveux de Lao-Tseu; Sou chong et Pou chong, remarquables par la petite dimension de leurs feuilles; Hyson, Siao chow, Ta chow, fleur du printemps, petites perles, grandes perles; puis une infinité de noms dont le sens est: langue de moineau, griffe de dragon, parfum de l'oléa, etc...
Le thé est venu en Europe en 1591, importé par les Hollandais; depuis on en boit dans le monde entier, et malgré les plantations de l'Inde, de Ceylan et d'autres pays, le thé de Chine est toujours le thé supérieur; cela tient sans doute à son habitat et à la culture spéciale dont l'entourent les Chinois.
XI.—Il est très difficile de se rendre un compte exact, d'après les statistiques douanières chinoises, de la valeur respective qui appartient à chaque nation dans le commerce d'un port chinois, parce que tout ce qui vient de Hong-Kong est porté au compte du pavillon britannique ou à peu près. Il s'ensuit qu'on ne peut tabler sur les «trade reports» avec certitude. Mais il est facile d'indiquer quelles sont les nations qui font le plus de commerce avec Hankeou. C'est d'abord le Japon qui importe pour environ 5 à 6 millions de taels, mais qui exporte pour une quarantaine de millions.
L'Angleterre est le gros importateur; puis viennent les États-Unis, l'Allemagne; la Russie n'exporte que son thé et n'importe absolument rien, la Belgique importe du matériel de chemin de fer et des machines.
Quant à la France, elle est représentée à Hankeou par quelques maisons (sept ou huit) qui font surtout de l'exportation de peaux, albumine et jaunes d'œufs, musc, sésame, noix de Galle, soies de porc, etc... Elle importe quelques soieries. En somme, nous venons à Hankeou, comme partout ailleurs, bien après les autres, et nous n'y faisons pas un trafic appréciable. Le commerce de la Chine semble plein d'avenir pour le Japon qui fabrique à bon marché et peut vendre à des prix minimes. Quant aux autres puissances, elles pourront encore pendant quelque temps y placer des produits de grande industrie, comme chemins de fer, machines à vapeur, blindages, canons et bateaux de guerre, mais le Japon les gagnera vite et il est probable qu'avant peu il sera le fournisseur attitré de son colossal voisin.
XII.—Les compagnies qui font un service régulier sur le Yangtseu entre Changhai et Hankeou sont:
L'Indo-China steam navigation Cº (Jardine Matheson and Cº), 4 vapeurs;
La China navigation Cº (Butterfield and Swire), 4 vapeurs;