Cette rive, également, présente de charmants aspects, et si l'on a parfois un peu de peine à gravir quelques pentes brusques, on est bien récompensé par la vue de la nature presque alpestre qui s'offre à tout instant: rocs et cascades, torrents roulant sur des cailloux fins, entre des berges bordées de bambous et de pamplemousses; on se croit transporté dans une autre partie du monde, sauf à être désillusionné quand on tombe sur un pauvre village chinois sale et délabré, comme le sont malheureusement tous ceux que l'on rencontre.
Le Long-Wang-Tong, ou la grotte du roi Dragon, mérite d'être visité; pour y arriver, une petite excursion est nécessaire. Non loin de là se trouve le Wen-Fo-Chan, ou montagne du Bouddha de la littérature, au milieu d'un amas de rocs escarpés qui semblent rendre les abords du temple complètement inaccessibles.
Le Yun-Wou-Chan, ou montagne du nuage et du brouillard (ou bien du brouillard nuageux) présente également de l'intérêt. Il est situé au fond d'une vallée à l'entrée de la gorge d'Itchang, et pour y arriver, il faut suivre la vallée, puis faire une ascension assez longue. C'est l'un des plus beaux endroits des environs d'Itchang.
VI.—Toutes les barques qui font le commerce avec le haut-fleuve jusqu'à Tchong-King, s'arrêtent à Itchang, et, pour le plus grand nombre d'entre elles, c'est le port d'attache.
Celles qui arrivent du Sseu-Tchuen débarquent ici leurs marchandises, lesquelles sont chargées sur les vapeurs destinés à les transporter vers Hankeou; les autres font, en sens contraire, le chargement des marchandises pour les ports de la haute rivière. Cependant, malgré les facilités offertes par la vapeur, bon nombre de jonques venant du Sseu-Tchuen descendent leurs marchandises jusqu'à Hankeou, et même jusqu'à Changhai; c'est que, pour le Chinois, le temps ne compte pas; la rapidité n'est qu'un vain mot.
La population flottante est par suite assez forte à Itchang, et il est impossible d'en savoir le chiffre, car elle est très variable. Mais la population stable d'Itchang peut être évaluée à 60.000 habitants.
Le commerce total, en 1908, était d'environ 8.000.000 de taels.
C'est à partir d'Itchang que la navigation du Yang-Tseu-Kiang, si elle devient moins rapide et plus difficile, est toutefois beaucoup plus intéressante. D'ici à Tchong-King, en effet, il faut aller en barque chinoise; ces barques, d'ailleurs faites et construites en vue de cette navigation du haut-fleuve, sont très solides et très confortables. Tout l'arrière est destiné aux passagers et à leurs bagages; divisées par des cloisons, les chambres sont évidemment assez exiguës, mais on peut y installer un matelas et y dormir confortablement au milieu des tentures de papier rouge collées sur toutes les parois, et des fleurs et des oiseaux sculptés sur les poutres. La salle à manger et la cuisine où coucheront les domestiques se trouvent au centre, et l'avant est réservé au poste d'équipage. Tout à l'arrière, près du gouvernail, le chef (en même temps pilote) a sa petite chambre dans les flancs du bateau, et même, la plupart du temps, il loge là avec sa famille. Ces jonques sont, du reste, longues et larges, mesurant de 15 à 25 mètres de long sur 4 à 5 de large, et bien assises sur l'eau; elles ne naviguent que le jour, et, le soir arrivé, vont mouiller à l'abri de quelque crique où elles peuvent être en sûreté par tous les temps.
La première station que l'on passe est Ping-Chan-Pa, à l'entrée de la première gorge; il y a là un ponton où un douanier solitaire compte les heures tristement. Il est vrai qu'on ne le laisse là que trois mois; chacun y stationne tour à tour, et ce tour doit encore arriver souvent, car le personnel de la douane d'Itchang n'est pas nombreux.
En quittant Ping-Chan-Pa, le fleuve est encaissé entre deux hautes falaises à pic et coule paisiblement: on ne se douterait pas que quelques kilomètres plus loin, l'eau, par suite des rapides, bouillonne avec furie. On franchit ainsi les premiers rapides, Pa-Tong et Yang-Pe, puis le Sin-Tan (tan veut dire rapide en chinois) et le Yé-Tan, le plus terrible aux hautes eaux. Que de barques ont sombré corps et biens, dans ces passages dangereux! Les accidents sont fréquents, et pour tâcher de venir en aide aux malheureux qui sont ainsi éprouvés, des barques de sauvetage, peintes en rouge et battant pavillon impérial, croisent en amont et en aval des rapides. Ces barques de sauvetage existent, d'ailleurs, partout sur le fleuve, aux endroits dangereux. Il y en a à Hankeou, à l'embouchure de la Han, dans le grand fleuve, et les jours de gros vent ou de tempête, elles font le service de bacs entre Hankeou, Hanyang et Wou-Tchang.