La plus grande partie du commerce d'importation et d'exportation est entre les mains des maisons chinoises, lesquelles ont des représentants à Hankeou, Itchang et Changhai. Les articles importés sont des articles de vente courante, dits articles de bazar; la plus grande partie de ces articles viennent, comme toujours, du Japon ou de l'Allemagne; ils sont de fabrication et de qualité inférieure, mais ils ont l'avantage d'être à la portée de toutes les bourses. L'article allemand, très ordinaire surtout, se vend beaucoup.
Les produits français sont très appréciés, mais ils coûtent trop cher. On les trouve seulement dans les comptoirs de la Compagnie française des Indes et de l'Extrême-Orient, rarement dans les magasins tenus par les Chinois. Les articles suivants se vendent bien: verrerie de Bohême (vases à fleurs), passementerie, parfums et savons, montres, vins de champagne bon marché, liqueurs douces. Mais toutes ces marchandises, ce sont les Allemands et les Japonais qui les vendent, parce que seuls ils peuvent les livrer à un bon marché auquel nous ne saurions atteindre. Il en est de même de tous les articles de fer-blanc ou d'émail. Ces objets sont d'un emploi courant chez les habitants de cette province, mais les Allemands ont le monopole de la vente. Outils, charnières, clous, vis, pointes, fils de fer, tout cela est allemand, quoique cependant on voie sur le marché certains articles de provenance française. Il en est de même pour les machines à coudre; quelques-unes sont d'origine française, mais la grande majorité vient d'Allemagne. Il n'y a guère que dans les soieries de Lyon que nous trouvions une vente rémunératrice; elles commencent à être appréciées des gens riches et aussi des chefs indigènes lolos ou Miao-Tseu; il s'en est vendu 815 piculs (1 picul = 60 kgs.) en 1908, contre 478 piculs en 1907.
Le pétrole donne une importation de 300.000 gallons en 1908, et il est tout entier livré par la Standard Oil Cº de New-York.
Le coton est également importé en grande quantité. Les filés de coton indiens ont subi une diminution de 56.922 piculs; par contre les filés de coton chinois provenant des manufactures de Wou-Tchang sont passés de 42.000 piculs en 1907 à 75.000 en 1908; et les filés japonais dont il n'avait été importé que 210 piculs en 1907 ont atteint cette année 10.000 piculs. Tchong-King est le grand centre de transit pour les filés de coton envoyés au Yunnan, au Kouei-Tcheou et au Thibet. Les tissus écrus arrivent à Tchong-King; on teint dans la proportion de 600 pièces sur 1.000 ceux qui sont destinés au Yunnan et au Kouei-Tcheou; quant aux tissus dirigés sur le Thibet, ils sont habituellement teints à Yo-Tcheou.
Comme exportation le Sseu-Tchuen fournit:
Les soies de porc qui constituent le principal article d'exportation des maisons européennes de Tchong-King; les soies noires sont toutes expédiées en Europe; quant aux soies blanches, le Japon en achète tous les ans une certaine quantité.
La quantité de musc expédiée chaque année de Ta-Tsien-Lou peut être d'environ 1.000 livres chinoises ou Kin (le Kin vaut 600 grammes); ainsi que je l'ai noté plus haut, le négociant européen fera bien de vérifier les poches de musc avant d'en prendre livraison; car très souvent il est fraudé.
La rhubarbe croît ici en grande quantité, soit cultivée, soit sauvage; la rhubarbe cultivée provient des montagnes de l'ouest et du sud de la province; la rhubarbe sauvage se trouve dans les marches thibétaines; une quantité considérable est exportée tous les ans vers les autres provinces chinoises.
La cire animale blanche compte pour environ 300.000 taels chaque année. La cire jaune, les noix de galle figurent à l'exportation avec les peaux de bœuf, de buffle, de chèvre et d'agneau; le Sseu-Tchuen écoule par Tchong-King toutes les peaux de la Chine occidentale; on en fait des envois considérables en Europe et en Amérique; elles proviennent en partie du Thibet et en partie du Yunnan. Depuis quelques années la ville de Tchao-Tong, située au nord de cette dernière province, expédie au Sseu-Tchuen une grande quantité de peaux de bœuf jaunes et de peaux de chèvre; ces peaux sont en majorité dirigées sur l'Amérique.
Le transport des peaux provenant de Tchao-Tong se fait à dos de mulet pendant sept étapes, puis à dos d'homme de Lao-Wa-Tan à Soui-Fou, d'où on les envoie par jonques jusqu'à Tchong-King.