Les peaux d'agneau;

Les queues de yack, environ 2.000 par an, chacune coûtant environ 1 fr. 25;

Les poils de yack, lesquels sont utilisés pour le tissage d'une étoffe imperméable;

Les crins de chevaux;

Les soies de porc;

Les cornes de cerf, qui, réduites en poudre, sont, paraît-il, un médicament d'une efficacité sans pareille;

Les peaux tannées: peaux de cerf, de musc, de renard, de yack, panthère, ours, lynx, loup, fouine, zibeline.

Ces marchandises sont apportées par les Thibétains à Ta-Tsien-Lou, qui est le grand marché du Thibet oriental. Avec l'argent qu'ils en retirent, ils achètent du thé, des cotonnades, des couleurs d'aniline, du bois de campêche, des fils de soie. De Ta-Tsien-Lou, les produits du Thibet sont envoyés par voie de terre à Yo-Tcheou; on compte neuf étapes entre ces deux villes. Ils sont alors chargés sur des radeaux qui, par la rivière Yaho, les amènent à Kia-Ting-Fou; de là ils descendent par le Min et le Yangtseu jusqu'à Tchong-King, d'où ils sont dirigés sur Changhai.

IX.—En somme, c'est toujours à Changhai qu'il faut en venir, comme au débouché le plus important pour toute la Chine centrale et occidentale. Même quand les chemins de fer auront relié Hankeou à Tchong-King et à Tcheng-Tou, même quand le chemin de fer de Yunnan-Fou ira rejoindre Tchong-King par Tong-Tchuen et Tchao-Tong, Changhai restera le marché principal pour tout le bassin du Yang-Tseu-Kiang, parce que la voie d'eau, n'importe en quel pays, est toujours la moins chère et parce que jamais, au point de vue du transport des marchandises, le chemin de fer ne contrebalancera les bateaux à vapeur du fleuve Bleu. Les chemins de fer pourront développer les échanges, amener plus facilement et plus rapidement les marchandises aux ports d'embarquement, ou, une fois débarquées, les distribuer plus facilement aux extrémités des provinces, mais la navigation gardera toujours la prépondérance, parce que moins chère et presque aussi rapide. D'ailleurs, même si elle n'était pas aussi rapide, cela ne gênerait en rien les Chinois pour qui le temps ne compte pas et qui ont une patience à toute épreuve.

Actuellement, dans le Sseu-Tchuen, les moyens de communication sont très difficiles, tant dans l'intérieur de la province qu'entre la province et les provinces voisines; les moyens de transport à dos d'homme ou de mulet sont fort coûteux; la navigation des fleuves et rivières, parsemés de rochers et de rapides, est dangereuse toute l'année et à peu près impossible pendant l'époque des hautes eaux. Les accidents sur le Yangtseu entre Itchang et Tchong-King sont extrêmement fréquents; on estime qu'une jonque sur dix, en moyenne, fait naufrage ou subit de graves avaries. Il est donc bien évident que, dans cette région, il importe d'avoir au plus tôt des voies ferrées, et la construction d'un chemin de fer venant de Hankeou pourra seule établir un transport normal; mais soyons bien persuadés que le négociant chinois n'abandonnera pas de si tôt le fleuve; il ne renoncera pas à ses habitudes, surtout parce que ses habitudes le conduisent au meilleur marché. On le voit bien par l'exemple du chemin de fer de Changhai à Nankin; les bateaux transportent toujours les marchandises et le chemin de fer n'arrive pas à les concurrencer.