L'ouverture du nouveau service postal était fixée au 1er juillet 1896. Mais elle a été reculée jusqu'au 1er juillet 1897 et n'a commencé à fonctionner qu'à cette époque.
Dans cette organisation, les entreprises particulières chinoises n'étaient pas oubliées; elles avaient conservé le droit de fixer leur propre tarif, mais elles devaient en faire la déclaration au bureau de l'Union le plus proche afin que celui-ci pût le publier. En même temps elles étaient invitées à se faire enregistrer officiellement au bureau de l'Union si elles voulaient être reconnues et subsister, ou à fermer tout simplement. Beaucoup d'entre elles essayèrent de résister, notamment celles de Changhai, Tchen-Kiang, Wou-Hou et Canton, mais elles furent contraintes de céder, et finirent par accepter toutes l'enregistrement. Elles n'étaient évidemment pas de force à lutter et auraient été impitoyablement brisées.
Il n'en était pas de même des bureaux de poste étrangers, et malgré toutes les amendes annoncées et les foudres lancées, la Poste chinoise n'a aucune action sur eux; elle ne peut même rien sur les postes locales des concessions, tant qu'elles opèrent dans la limite de ces concessions, et tant que leurs sacs se trouvent à bord de navires étrangers. Elle ne peut donc en rien toucher aux bureaux de poste des différentes puissances qui sont établis dans tous les ports de Chine. La seule chose qu'elle puisse faire, c'est d'empêcher les vapeurs de la compagnie chinoise (China merchants) de transporter d'autres sacs de dépêches que ceux que leur remettent les postes impériales chinoises; quant à refuser l'expédition de navires étrangers portant des sacs de dépêches, c'est une plaisanterie à laquelle on ne s'est pas risqué, et pour cause.
III.—Aujourd'hui donc, le service chinois fonctionne de pair avec les services européens en tout ce qui concerne l'étranger, et il fonctionne en participation avec les entreprises particulières pour tout ce qui regarde l'intérieur de l'Empire. Les Postes impériales, il faut bien le dire, gagnent en importance d'année en année; elles sont maintenant admises partout régulièrement comme le service naturel et nécessaire pour la transmission de la correspondance; les mandarins n'emploient plus que ce canal pour toutes leurs commandes. Les agences indigènes, elles-mêmes, s'en vont peu à peu et cèdent la place au service impérial; il est bien évident d'ailleurs que les Sin-Kiu ne continueront à prospérer que dans les endroits très éloignés où il n'a pas encore été possible à la Poste impériale de pénétrer; et elles continueront seulement dans les autres à se charger du transport des sapèques et des taels d'argent, marchandises dont la Poste ne tient pas à se charger. Toutes ces entreprises particulières reconnaissent franchement le nouvel ordre de choses, et demandent même l'appui et l'aide de la Poste impériale pour la transmission de leurs paquets.
Le trait prédominant de l'année sus-indiquée a été un accroissement considérable dans toutes les branches de l'administration postale. Le nombre total des bureaux a été élevé de 2.803 à 3.493; les articles divers: lettres, cartes postales, journaux, livres et échantillons qui, en 1907, s'élevaient à un total de 168.000.000, ont atteint le chiffre de 252.000.000, augmentation frappante et qui fait présager un avenir plus florissant. Les colis ont passé de 1.920.000 à 2.455.000, le poids en kilogrammes étant de 7.155.000 contre 5.509.000 l'année précédente, avec, naturellement, une augmentation correspondante de valeur; cette progression est à remarquer, surtout étant donné qu'on exige l'assurance de tout colis ayant une valeur de 30 piastres et plus. Les lettres chinoises des entreprises privées se sont élevées de 6 à 8.000.000, avec un poids de 83.000 kilog., contre 74.000 l'an passé, ce qui montre non pas que les entreprises privées deviennent de plus en plus prospères, au détriment de la Poste impériale, mais qu'elles se servent de plus en plus des facilités qui leur sont accordées par cette Poste. Les mandats d'argent ont également augmenté; ils représentent, tant en émission qu'en paiements de mandats, un mouvement de fonds de 5.000.000 de taels, soit un demi-million de plus que l'année dernière.
Le revenu postal a beaucoup augmenté, et dans de meilleures proportions, étant donné que, d'année en année, le développement du service exige de nouvelles dépenses par suite d'améliorations introduites dans l'organisation générale, et aussi vu l'augmentation du traitement du personnel.
En général, les opérations postales ont été faites partout avec régularité, quoique certaines difficultés aient été éprouvées sur quelques points.
Des arrêts se sont produits sur la ligne Pékin-Hankeou, occasionnés par l'enlèvement des rails, à la suite de grandes inondations. Des inondations ont eu lieu également dans le district de Wou-Hou et ont amené des retards au service des courriers et des chaloupes de transport.
Cha-Che (Shasi) n'a pas donné comme d'habitude, par suite d'un ralentissement dans le commerce et de la rareté de l'argent. Au Yunnan la brusque suppression de la culture du pavot tend à diminuer. Quant à présent, avec l'esprit d'entreprise, on espère que, grâce à la plantation du maïs, le Yunnan va retrouver une ère de prospérité dont profitera naturellement la Poste, mais il faudra, comme on l'a fait l'année dernière en Mandchourie, qu'on relâche un peu les restrictions qui pèsent sur l'exportation des céréales aux frontières du Tonkin.
Comme on le remarquera plus loin, le progrès a été général, les lignes de courriers ont été étendues, la transmission accélérée; les communications par chemin de fer se sont développées dans plusieurs directions, et dans tous les districts de nouveaux bureaux postaux ont été ouverts, plus particulièrement dans la vallée du Yangtseu.