Bien entendu toutes ces entreprises postales ne servaient qu'aux particuliers; le service officiel se faisait par courriers spéciaux qui transmettaient les dépêches des autorités provinciales à Pékin et les décrets impériaux de Pékin aux gouverneurs et vice-rois. Ces courriers nommés Yi tchang étaient supposés exister dans toutes les capitales de provinces et dans les autres villes importantes, et elles devaient avoir toujours un certain nombre de chevaux prêts à partir. Comme les autres services chinois du temps présent, cette organisation existait plutôt sur le papier qu'en réalité.
Le service postal se faisait donc très régulièrement, sinon rapidement, et les missionnaires de l'intérieur m'ont déclaré que jamais leurs lettres ou paquets ne leur manquaient, à moins qu'il n'y ait eu cas de force majeure, telle que les inondations ou le pillage du courrier.
Cependant, vers 1866, le service des douanes impériales organisa une sorte de poste particulière pour transmettre les correspondances de l'Inspectorat général aux divers ports ouverts et vice versa. Cette poste avait même fini par admettre (en franchise naturellement, puisqu'il n'y avait pas de timbres-poste) les correspondances du public aux agents des douanes et réciproquement; elle se chargeait encore d'expédier en Europe la correspondance privée de tous les agents des douanes. Mais le besoin d'un service postal plus régulier se faisait sentir, et, en 1876, avec l'approbation de Li-Hong-Tchang, alors vice-roi du Tche-Li, ce service fut installé d'abord dans le nord, avec des timbres de 1, 3 et 5 candarines (1, 3 et 5 cents). Peu à peu il gagna les autres ports, et en 1890, il fonctionnait officiellement dans tous les ports ouverts, mais seulement dans ces ports et nullement dans l'intérieur du pays.
C'est alors qu'en 1893, Li-Hong-Tchang, vice-roi du Tche-Li, et Lieou-Kouen-Yi, vice-roi de Nankin, appelèrent l'attention du gouvernement impérial sur le développement des bureaux de poste anglais, français, américains et allemands, qui tous s'étaient depuis longtemps installés à Changhai et faisaient le service de courrier avec l'Europe et le monde entier, en collaboration avec les paquebots-poste de ces différentes nationalités; ils attirèrent également l'esprit du gouvernement sur la poste locale de Changhai, instituée par les municipalités étrangères, et qui faisait un service postal entre les ports ouverts et aussi dans les limites des concessions étrangères de Changhai. Il s'agissait de faire échec à toutes ces postes exotiques, d'autant plus que, suivant en cela l'exemple de Changhai, toutes les municipalités des ports ouverts avaient créé un service postal local avec des timbres à cet effet. Ce fut la belle époque des finances municipales; car la quantité de timbres vendus dans le monde entier fut énorme.
II.—Malgré les avis de Li-Hong-Tchang, le gouvernement impérial refusa l'invitation du gouvernement austro-hongrois de se faire représenter au Congrès de l'Union postale universelle. Toutefois l'administration des douanes chinoises fit émettre en automne 1894 une série de timbres de 1, 2, 3, 4, 5, 6, 9, 12, 24 cents pour célébrer le soixantième anniversaire de l'Impératrice douairière. En même temps la municipalité de Changhai émettait un timbre spécial pour fêter le cinquantenaire de la colonie.
Ce n'est qu'après la guerre sino-japonaise que le gouvernement chinois, pour se procurer les revenus dont il avait un besoin inéluctable, consentit à mettre à l'étude la question de la Poste. Après bien des pourparlers et des discussions, un projet de l'Inspecteur général des douanes fut adopté en 1896; la direction générale des Postes était rattachée à l'administration des douanes; on devait faire une demande immédiate de participation à l'Union postale et on avait exigé la fermeture des bureaux de poste en Chine.
Le nouveau système devait être primitivement essayé dans tous les ports ouverts et leur voisinage immédiat; on n'interviendrait pas dans les affaires des entreprises particulières desservant l'intérieur, dont les ramifications devaient être employées plus tard pour l'extension du service postal. Il y avait donc à distinguer les bureaux de l'Union établis dans les ports ouverts au fur et à mesure, et le service de l'intérieur du pays.
Le service fonctionna normalement, mais les bureaux de poste étrangers continuèrent de fonctionner comme auparavant; seuls les bureaux locaux ou ports ouverts furent supprimés. Des timbres de toute valeur furent émis par le nouveau service, et la taxe d'une lettre pour l'étranger fut fixée à 10 cents (0,25 cent.). Pendant un certain temps, et afin d'attirer la clientèle, des bureaux postaux chinois se chargèrent de transporter toutes les correspondances européennes munies de timbres des puissances faisant partie de l'Union.
Ce service fut notifié par une circulaire du Tsong-Li-Ya-Menn, le 14 juin 1896, aux ministres accrédités à Pékin; cette circulaire leur annonçait l'établissement de Postes impériales chinoises, ainsi que la demande faite par le gouvernement chinois à Berne pour son admission dans l'Union postale universelle, et les invitait ainsi que leurs subordonnés et sujets à ne plus se servir que des services postaux chinois.
Il est inutile de dire que les étrangers continuèrent à se servir de leurs bureaux nationaux, et que les Russes et les Japonais, qui n'en avaient pas encore, se hâtèrent d'en établir.