CHAPITRE XV

I. Le service de la poste en Chine. Les entreprises particulières ou Sin-Kiu.—II. La poste faite par les douanes maritimes.—III. Le service postal actuel.—IV. Fonctionnement du service actuel dans le Haut et le Bas-Yangtseu.—V. Le télégraphe.

I.—Le service postal chinois mérite une étude particulière. On y verra par quelles phases il a passé avant d'arriver à son état actuel. Bien qu'un système à peu près normal fonctionne aujourd'hui dans les principaux centres, cependant le vieux système chinois n'a pas dit son dernier mot; car aujourd'hui la poste impériale coûte au Trésor et ne lui rapporte rien. Seuls quelques districts où le commerce est prospère commencent à couvrir leurs frais et à équilibrer leurs dépenses et leurs recettes; mais il est loin d'en être ainsi partout. Il faut, naturellement, de nouveaux crédits tous les ans pour améliorer et étendre le service dans un pays immense où les communications ne sont pas toujours faciles. Le système postal chinois, pris dans son ensemble, ne ressemble donc pas encore à un service européen, régulier et donnant des bénéfices; c'est un service à côté de la douane, et les commissaires de douanes sont les directeurs principaux des districts postaux établis dans les ports ouverts et les villes principales des provinces limitrophes; dans l'intérieur, ce sont des Chinois.

Autrefois, dans la Chine tout entière, et aujourd'hui encore dans les provinces et dans les centres éloignés, la poste se faisait par des entreprises particulières chinoises, soit correspondant entre elles, soit se faisant concurrence, concurrence d'ailleurs limitée, grâce à l'existence et au pouvoir des chambres syndicales désignées sous le nom de «guilde».

Ces entreprises, désignées sous le nom de Tchang-Houa-Sin-Kiu, ou simplement Sin-Kiu, existaient dans toutes les villes et endroits importants de l'intérieur; elles transmettaient leurs dépêches par tous les moyens possibles, soit par terre, soit par eau; elles se servaient notamment, sur les canaux, de petites embarcations, longues et étroites, très légères, peintes en rouge, avec un toit en nattes; l'équipage se composait de deux hommes qui faisaient la relève à tour de rôle; appuyé à l'arrière, l'homme avait une petite godille sous le bras gauche, dont il tenait le corps de la main gauche et la tête de la main droite qui servait surtout de gouvernail; plus en avant, à droite, il avait un petit aviron qu'il faisait mouvoir avec le pied; la barque possédait également un petit mât et une petite voile qui pouvait servir quand le vent était favorable.

Suivant les provinces et l'importance des localités, ces services variaient de journaliers à mensuels. Il fallait payer chaque entreprise par laquelle la correspondance passait. Il n'y avait naturellement pas de timbres-poste, mais chaque entreprise avait un cachet en bois qu'elle appliquait sur les correspondances, ainsi qu'un autre cachet indiquant la destination. Il existait même une sorte de recommandation qu'on pouvait obtenir moyennant un payement spécial.

Afin d'assurer l'arrivée à destination, l'expéditeur avait soin d'écrire sur l'enveloppe: «pourboire à remettre au porteur», tout suivant l'importance de la missive.

Les lettres dont le port était payé étaient marquées d'un cachet spécial, «payé d'avance»; les autres portaient l'inscription: «à payer la somme habituelle» (cette somme variait de 5 à 20 cents suivant l'importance du courrier).

On pouvait aussi, par l'intermédiaire de ces entreprises, envoyer de l'argent et des petits colis en les assurant, le bureau expéditeur se rendant responsable de toute perte causée par sa faute ou celle de ses employés; mais si la perte était causée par une attaque à main armée, ou autres actes de violence, on pouvait s'adresser aux autorités locales qui généralement faisaient rembourser par leur trésor 50 ou 60 pour 100 de la valeur perdue.

Pour donner une idée de la somme à payer pour une lettre, une lettre expédiée de Changhai pour Hankeou, par exemple, coûtait 50 sapèques (environ 25 centimes) si elle passait par une seule entreprise.