Mais, peut-être, la situation insulaire du Japon l’empêchera-t-elle de mener à bien ses plans grandioses. L’histoire est là pour nous montrer qu’il est impossible, à un peuple insulaire, de se maintenir sur le continent contre un ennemi résolu à l’en empêcher, et les Anglais, qui ont foulé si longtemps le sol de la France, ont fini par en être chassés. La Chine, quand elle sera réveillée (et elle commence à ouvrir les yeux), finira, elle aussi, par rejeter les Japonais à la mer.

Le Gouvernement japonais aura-t-il toujours les mains libres, et ne sera-t-il pas arrêté, d’abord, par des agitations intérieures, telles que la grève et le socialisme, ensuite, par les puissances européennes et américaines qui ont des intérêts et entendent avoir voix au chapitre dans les questions d’Asie !

Le socialisme, il est vrai, n’est pas encore très développé dans l’Empire japonais ; cependant il existe, le fait est indéniable, à tel point que les commandants de corps d’armée sont obligés de prendre des mesures pour empêcher la distribution de brochures socialistes et antimilitaristes dans les casernes. Les ouvriers deviennent de plus en plus nombreux et leur sort n’est pas toujours enviable ; tout n’est pas pour le mieux dans le monde ouvrier japonais ; vienne un meneur sérieux, un chef qui saura utiliser les mécontentements et, du coup, le parti socialiste, encore dans le chaos, sera constitué fortement.

L’année 1907, d’ailleurs, a été traversée par de nombreuses grèves ; quelques-unes ont été à ce point sérieuses qu’elles ont nécessité la présence de la troupe pour rétablir l’ordre.

Dans ces conflits entre le capital et le travail, le capital est sorti victorieux dans presque tous les cas ; et les ouvriers, sans organisation et sans argent, ont été obligés de se soumettre ; mais ceci n’est qu’un début, et prouve, en tout cas, que le Japon n’est pas, plus qu’un autre pays, à l’abri des idées novatrices.

En dehors des difficultés intérieures, le Japon en rencontrera sans doute d’autres dans le choc de ses intérêts contre ceux des puissances colonisatrices, et la Grande-Bretagne, la première, malgré le traité d’alliance qui la lie au Japon, sera, peut-être, mise dans le cas de s’opposer à la trop grande ambition de son vigoureux et énergique allié.

Des complications se sont déjà élevées et peuvent encore s’élever, plus graves cette fois, entre le Japon et les États-Unis et l’Angleterre par suite de l’immigration ininterrompue des Japonais au Canada[16], en Australie et en Californie, où ils constituent des communautés fortes et remuantes.

[16] Consulter à ce sujet : Dr A. Loir, Canada et Canadiens (ch. XVI. L’invasion jaune). Librairie Orientale et américaine. E. Guilmoto, éditeur.

II. — Si, laissant de côté les possibilités politiques, nous examinons l’avenir commercial, y trouvons-nous des chances d’augmenter les échanges et de voir monter le chiffre d’affaires ? Je ne le pense pas. Le Japon n’a, à vendre à l’étranger, que la soie prise tout entière par la France, les États-Unis et l’Italie ; le thé, absorbé uniquement par les États-Unis ; du cuivre, un peu de riz et des bibelots ; il n’achète que le coton brut, quelques lainages et surtout des métaux et fournitures diverses pour son armée et sa marine.

Les objets imités de la fabrication européenne, qu’il livre à la Chine, à l’Indo-Chine et aux Indes, ne peuvent convenir à l’Europe et à l’Amérique. Il ne peut donc être un client sérieux et il est un concurrent en Asie.