Payer 15 yen[7] au moins d’impôt direct.

[7] Le yen vaut 2 fr. 55.

Les électeurs ne sont pas très nombreux, beaucoup ne sachant pas encore ce que c’est qu’une élection et s’en souciant fort peu, s’abstiennent de voter. Dès la première élection, il y eut des gens très au courant déjà des mœurs électorales qui vendaient leurs voix au plus offrant, cela atteignait jusqu’à 25 yen (63 fr. 75).

IX. — Malgré cette ombre de parlementarisme, il est bien évident que l’état politique du Japon ne ressemble en rien à ce que nous appelons le régime constitutionnel. L’État c’est l’Empereur, et sa personne est sacrée ; ses décisions sont respectées comme si elles venaient effectivement du ciel dont il est le descendant supposé ; Fils du ciel, Ten shi sama, ainsi l’appellent les bons sujets du Nippon. Malgré tout cependant, il est incontestable qu’il se présente déjà quelques fissures dans cette « foi du charbonnier » ; et l’Empereur passant dans les rues de Tokio n’est souvent regardé qu’avec indifférence ; on le respecte, mais ce n’est plus l’adoration du passé ; il m’est même arrivé d’entendre des Japonais, attendant à une revue l’arrivée de l’Empereur, s’impatienter et s’exprimer peu poliment sur le compte de « cet empereur qui pourrait être plus exact ».

Il est cependant une chose qui maintiendra encore longtemps intact l’amour du peuple pour l’Empereur : c’est le patriotisme farouche, sauvage même, dont tout Japonais est animé. L’Empereur est l’identification de la patrie, et la patrie japonaise est une chose sacro-sainte. Dès l’école primaire, on enseigne aux enfants de cinq ans qu’il n’y a pas de plus beau pays que le Japon, que c’est le pays des dieux dont l’Empereur est le fils, et qu’il faut mourir pour le pays et l’Empereur. Inculqués à une race batailleuse, excessivement orgueilleuse et guerrière, ces principes en font une nation éminemment combative et courageuse[8].

[8] Une chanson, que l’on trouve dans les livres primaires de lecture, est bien caractéristique :

« Les sabres de l’armée sont comme le givre ;

« Les balles sont comme la grêle ;

« Dans la lutte sur terre

« Les montagnes sont secouées, les rivières frissonnent ;