Ces bateaux mettent douze jours de Yokohama à Vancouver et quatorze de Yokohama à San-Francisco ; les bateaux américains, une fois sur deux, font relâche à Honolulu ; le départ a lieu tous les quinze jours.

De Paris à Yokohama par cette route, il faut compter une trentaine de jours ; en effet :

1ode Paris à Londres

1

jour
de Londres à Liverpool

1

de Liverpool à Montréal

8

de Montréal à Vancouver

5

de Vancouver à Yokohama

12

— 

Total

27

jours.

Comme on ne peut pas voyager comme une lettre, il faut compter trois ou quatre jours de plus.

2ode Paris au Havre

1

jour
du Havre à New-York

7

de New-York à San-Francisco

5

de San-Francisco à Yokohama

14

— 

Total

27

jours.

Mais en revanche, le voyage de ce côté coûte plus cher et il faut compter sur 3.000 francs en première classe ; le moindre séjour en Angleterre et en Amérique est onéreux et les dépenses effectuées dans les wagons-restaurants et en bateau sont également très élevées. Aussi, en dehors des Américains, peu de voyageurs choisissent cette route qui double presque le tarif du voyage par l’Océan Indien ou la Sibérie.

V. — En arrivant au Japon, l’étranger ne doit pas s’attendre à trouver des monuments, de belles constructions architecturales, des villes de granit et de marbre comme en Europe et en Amérique. Lorsqu’il a débarqué à Yokohama, à Kobé ou à Nagasaki, et qu’il a suffisamment parcouru les rues quasi-européennes bordées de bengalows ou de villas sans style, quelconques, maisons carrées en briques et bois, construites non pour l’art mais pour le confort et pour la résistance aux tremblements de terre, il a hâte de connaître quelque ville indigène, comptant sur une surprise agréable, avec l’espoir de découvrir quelque chose de riant et de gai. Le Japon, pour le voyageur qui vient d’Europe, n’est-ce pas le bariolage des kakémonos ?

Eh bien, il faut le détromper. L’aspect de toute ville japonaise est immensément triste. Tout est gris. Des maisons basses, en bois devenu gris avec le temps, recouvertes de tuiles noires, se succèdent sans interruption ; des habitants, hommes et femmes, vêtus de couleurs grises (il n’y a que les enfants et les jeunes filles habillés de couleurs voyantes aux jours de fête) : tout cela donne une impression complètement dépourvue de gaîté. Dans de grands centres comme Tokio, Kioto, Osaka, quelques vastes temples rouges, à la toiture énorme, apportent à certaines parties de la ville un cachet qui ne manque pas d’une réelle grandeur, mais les villes elles-mêmes sont misérables et tristes.

Ce qu’il faut voir au Japon c’est la nature, toujours plaisante et gracieuse, en hiver comme en été, au printemps comme en automne ; rien de grand, rien d’imposant comme à Java, comme dans l’Inde, comme dans certaines parties de la Chine occidentale ; mais tout est souriant, aimable et doux. La nature japonaise n’est pas empoignante, elle est reposante et accueillante ; même ses volcans terribles, le Fuji yama, l’Asama, le Onsengatake n’offrent rien d’effrayant. Les cascades gigantesques comme celles de Kégon à Chusenji ou de Kirifuri à Nikkô semblent des joujoux de cascades. Et toujours la même pensée vient à l’esprit du voyageur quand il a visité un peu ce pays : comment cette nature, en somme si calme et si gentille, a-t-elle pu conserver aux habitants ce caractère batailleur des anciens « hommes à deux sabres », caractère encore sensible aujourd’hui sous une couche d’occidentalisme, à vrai dire très mince ?

CHAPITRE V