I. La vie indigène ; la nourriture. — II. Coût de la vie au Japon ; cherté des denrées et des loyers. — III. Hôtels à l’européenne. — IV. La famille japonaise, sa constitution, ses mœurs. Situation de la femme et des enfants.
I. — La nourriture, en général, est fort simple : le riz en est la base principale avec le poisson, dont les mers du Japon abondent. Cependant aujourd’hui on commence à trouver du pain un peu partout, dans les grands centres, et aussi de la viande de boucherie. Néanmoins le Japonais préfère son riz, son poisson et ses légumes, et si vous l’invitez à dîner et, par conséquent, s’il mange du pain chez vous, soyez sûr qu’en rentrant chez lui il mangera son bol de riz ; s’il n’a pas son riz, il n’a pas dîné.
Le poisson se prépare de différentes façons : grillé souvent et quelquefois cru. Cependant on n’offre guère du poisson cru (dorade ou carpe) que dans les grandes occasions ; on prend alors le poisson vivant ; on l’écaille et on le coupe tel quel et on mange les tranches en les trempant dans une sauce noire appelée shôyu. Au début cela paraît bizarre, mais on s’y fait.
Les œufs forment aussi une partie de la nourriture japonaise ; ils en préparent une sorte d’omelette que l’on consomme froide. Comme légumes, les Japonais ont tous les nôtres ; mais en plus ils mangent : les oignons de lys ; les racines de lotus ; les jeunes tiges de fougère ; les jeunes pousses de bambou ; ils aiment beaucoup les fruits confits dans une espèce de vinaigre ; différentes espèces d’herbes conservées d’une certaine manière. En somme ils ont un régime plutôt végétarien. Quelquefois, cependant, quand ils ont un ami, ils tueront un poulet et feront un « torinabé » ou poulet à la casserole en le cuisant avec du sucre et du vin de riz (sake).
Les sucreries sont fort appréciées au Japon ; aussi les boutiques de pâtissiers et les marchands de bonbons ambulants sont-ils nombreux.
Tout le monde, hommes et femmes, fume au Japon, l’usage des cigarettes est devenu assez répandu ; mais cependant on a conservé l’habitude de la petite pipe en métal d’où l’on tire deux bouffées et qu’on bourre sans cesse avec du tabac coupé aussi fin que des cheveux.
On a souvent dit que les Japonais étaient très propres et je l’ai constaté moi-même. Ils ont la propreté du corps, mais ils n’ont pas le sens de la propreté des objets dans les mêmes proportions que l’Européen. Ainsi tout Japonais qui se respecte ira prendre un bain chaud après son dîner ; celui qui n’a pas son « fourô » (baignoire) chez lui, va aux bains publics où les hommes et les femmes sont ensemble (séparés par une corde) ; mais, d’un autre côté, votre servante essuiera très bien, avec la même serviette, le vase de nuit d’abord et votre assiette ensuite.
II. — Il y a une trentaine d’années la vie était normale, je veux dire bon marché, et une famille japonaise pouvait vivre facilement avec quinze yen par mois. C’était le bon temps, mais on n’avait pas de « gloire ». Maintenant on a de la gloire, mais elle coûte très cher, et la vie est devenue tellement coûteuse qu’actuellement la famille, qui dépensait quinze yen, est obligée d’en dépenser cinquante. Il s’ensuit que la misère est effrayante aujourd’hui au Japon ; il est vrai que personne ne s’en plaint et on la supporte sans murmurer jusqu’à présent. Cela durera-t-il ? Tout est imposé à l’extrême et le pays rend tout ce qu’il peut rendre ; car il est pauvre et ses possibilités sont très limitées.
Si la cherté de la vie a ainsi augmenté pour l’indigène, c’est naturellement encore bien pis pour l’Européen, qui lui ne se contente pas de riz et de légumes, mais qui a besoin de viande, de pain, de vin, d’huile, de vinaigre, de sucre raffiné, de thé, de café, d’alcool, de pâtes alimentaires, et en général d’une foule de choses qu’il lui faut importer d’Europe ou d’Amérique. Achat, transport, et droits de douane formidables font monter les denrées nécessaires à l’Européen à un prix tellement élevé qu’il faut être très riche aujourd’hui pour vivre au Japon à l’européenne.
Une maison japonaise, que l’on payait jadis 30 yen par mois, en vaut 90 aujourd’hui, un domestique que l’on payait 10 yen en réclame 30, et tout est à l’avenant.