III. — Autrefois, depuis le moment où le Japon a été ouvert aux Européens, ces derniers devaient habiter dans les cinq ports ouverts de Yokohama, Nagasaki, Kobé, Niigata et Hakodate ; ils ne pouvaient, sous aucun prétexte, résider en dehors sans passeport délivré par les autorités japonaises ; plus tard les villes de Tokio et d’Osaka leur furent ouvertes, mais ils furent parqués dans une certaine partie de la ville avec défense de demeurer en dehors des limites fixées. Ce régime a pris fin avec la révision des traités, et depuis 1899 les Européens ont le droit de résider et de voyager partout au Japon sans être inquiétés. On trouve, dans tous les grands centres, des hôtels installés à l’européenne et où l’on donne une nourriture anglo-japonaise d’un goût douteux. Tokio possède l’Imperial Hôtel, grand bâtiment en pierre, secoué plusieurs fois violemment par les tremblements de terre ; le Métropole Hôtel, plus modeste, mais où l’on avait, autrefois, une cuisine assez convenable quand il était dirigé par un Français.

Kiôtô. — Kiôtô-Hôtel, très bien situé dans la partie centrale de la ville ; Myako-Hôtel ; Nakamura rô ; Ya ami Hôtel ; situé dans le parc de Maruyama, il est d’un séjour fort agréable ; les prix sont d’environ 5 à 6 yen par jour.

Osaka. — Osaka-Hôtel à Nakanoshima, et Nippon-Hôtel. Les hôtels d’Osaka sont peu fréquentés, parce que les étrangers résident plutôt à Kiôtô et à Kobé et ne vont qu’en passant à Osaka.

Nagasaki. — Cliff House ; Nagasaki Hôtel sur la colline ; Japan Hôtel ; Hôtel Antonetti ; Hôtel de France, sur la mer ; 5, 6 et 10 yen par jour.

Kobé. — Club Hôtel ; Grand Hôtel ; Hôtel Français ; Oriental Hôtel Limited, le plus ancien hôtel de Kobé, très confortable : 5, 6 et 10 yen par jour.

IV. — Il va sans dire que le touriste ou même le négociant, qui veut goûter la saveur locale, peut toujours descendre dans un des nombreux hôtels japonais, qui se disputent les voyageurs sur tout le territoire de l’Empire. Il aura soin, alors, de retirer ses souliers avant d’entrer (bien des Européens, refusant de le faire, ont ainsi nui au bon renom occidental et ils ont fermé beaucoup d’hôtels indigènes aux étrangers) ; il s’assoiera sur les talons, les jambes repliées sous lui, et il dormira sur le tatami ou grosse natte de paille dans l’épais fouton (couverture ouatée). Passer quelque temps dans une auberge japonaise n’a rien de désagréable en somme ; et cela permet de prendre contact avec la vie et les coutumes indigènes.

Malgré l’installation des étrangers dans les grands centres, il est bien évident que les mœurs ne se sont point modifiées ; un peuple ne change pas de mentalité en l’espace de cinquante ans, et, s’il lui est relativement facile d’adopter la civilisation matérielle de l’Occident, il lui est plus difficile de changer complètement son système social.

En Europe, le foyer est constitué par la femme, la mère de famille ; c’est autour d’elle que l’on se réunit, c’est vers elle que tout converge. Au Japon il n’y a pas de foyer. La femme ne compte pas ; le père seul existe, c’est lui le pivot de la famille japonaise ; il est le représentant de la race et son continuateur. Cependant, contrairement à certains pays d’Orient, où la femme est séquestrée ou tenue dans une situation tout à fait inférieure, au Japon la femme n’est soumise à aucune réclusion jalouse ; elle tient un rang honorable dans la société et partage les récréations de ses parents et de son mari, quoique jamais elle ne soit initiée à leurs affaires. Laissée très libre, elle abuse rarement de cette liberté, bien que, naturellement, le Japonais ne soit pas plus à l’abri que l’Européen de certains drames de famille. L’esprit des femmes japonaises est cultivé aujourd’hui, dans certaines classes, autant que celui des hommes. D’ailleurs, jadis également, l’éducation des femmes atteignait quelquefois à une haute culture intellectuelle, et on trouverait plus d’un nom féminin parmi les historiens, les moralistes et les poètes. Les femmes japonaises, sans être des beautés, sont de très gaies et de très agréables compagnes : elles ont beaucoup d’aise et d’élégance dans leurs manières, sauf lorsqu’elles s’habillent à l’européenne. Alors elles ont l’air gênées et paraissent en bois.

Autrefois, la femme mariée, durant toute son existence, était pour ainsi dire en tutelle ; elle dépendait de son mari, ou, à défaut, de son fils aîné et n’avait aucun droit légal : son témoignage n’était pas admis. Son mari pouvait introduire, à son choix, autant de concubines qu’il voulait sous le toit conjugal et pouvait signifier le divorce à sa femme comme il lui plaisait ; par contre elle-même, en aucun cas, ne pouvait exiger le divorce. Aujourd’hui les lois ont changé la condition de la femme, mais en pratique le divorce ancien système existe encore, et la femme japonaise est encore traitée plutôt comme une poupée que comme une associée et une confidente.

Il se prépare cependant actuellement une jeunesse japonaise up to date, qui commence à marcher sur les traces des féministes et des suffragettes.